Évangélistes et Moral Majority : l’influence du fondamentalisme évangélique dans le Parti républicain

  • L’évangélisme : origines et taxonomie.
  • Un courant à la communication très maitrisée
  • Le Parti républicain et le mouvement évangélique
  • Addendum


Pierre JEREMIE, Lara DEGER, « Évangélistes et Moral Majority : l’influence du fondamentalisme évangélique dans le Parti républicain », Sur le Clubdumillenaire.fr, 18 mars 2016


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Aux États-Unis, depuis la réélection de Richard Nixon en 1972 (une des premières élections où les républicains remportaient la majorité des sièges électoraux dans le Sud du pays depuis la guerre de Sécession), divers groupes d’influence évangélistes ont acquis un poids majeur au sein du Parti républicain, ce qui les rend incontournables dans toute analyse des grandes tendances politiques du pays. La différence est notable entre 1981, où Barry Goldwater[1] pouvait encore déclarer au Sénat que la montée en puissance de factions religieuses au sein des partis historiques était une menace pour le fonctionnement du système politique américain[2], et l’époque actuelle où les candidats aux primaires rivalisent d’audace pour séduire cette tranche de l’électorat républicain devenue importante. Les déclarations se multiplient pour défendre des idées chères à un segment de population intransigeant sur différents sujets de société (mariage homosexuel, avortement, etc.), ce qu’illustrent les prises de position très marquées de Richard Santorum, candidat aux primaires de 2012[3]. La montée en puissance d’idées inspirées par une certaine forme de fondamentalisme religieux au sein du Parti républicain est donc visible depuis une trentaine d’années, en particulier dans les positionnements sur les grands enjeux sociétaux. Nous examinerons d’abord les composantes de ce courant, en particulier les mouvements religieux désignés en Europe sous le vocable très large d’ « évangélistes » et leurs différentes tendances. Nous retracerons ensuite l’évolution du Parti républicain initiée en 1964 (dans le contexte de la Southern Strategy nixonienne, avant d’être poursuivie sous les mandats de Ronald Reagan, George H. W. Bush et George W. Bush), avant de nous pencher sur les personnalités-clés de cette mouvance évangélique au sein du Parti et sa présence dans le mouvement Tea Party.


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L’évangélisme : origines et taxonomie.

 

Le terme « évangélisme » (evangelicalism), désignant un courant transversal au sein du protestantisme, apparaît au XVIIème siècle et devient un mouvement organisé avec l’émergence, en 1730, du méthodisme en Angleterre et du piétisme dans la communauté luthérienne allemande (du Nord) et scandinave. Le mouvement gagne en ampleur aux États-Unis lors des « Great Awakenings(périodes d’intense activité missionnaire et pastorale) des XVIIIe et XIXe siècles, où il sait attirer beaucoup plus de membres qu’en Europe. Les Églises évangélistes partagent diverses convictions :

 

  • le besoin d’une conversion personnelle, en acceptant la bonne nouvelle (Évangile, donc, étymologiquement) du salut en Jésus-Christ
  • l’autorité des textes bibliques, dont les Évangiles, suivant une compréhension relativement littérale,
  • l’accent particulier mis sur les enseignements contenus dans les Évangiles proclamant la mort et la résurrection de Jésus-Christ, fils de Dieu, comme source unique du salut
  • le rôle crucial d’expression de la foi, de la grâce et de l’activité missionnaire : la diffusion de la bonne nouvelle.

 

L’Evangile (« bonne nouvelle » en grec) est au cœur de ces convictions, d’où le nom donné aux Églises qui s’en réclament : la bonne nouvelle reçue est celle de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu. Elle est contenue intégralement dans des textes (les Évangiles) qui contiennent la vérité révélée, elle a vocation à être partagée autant que possible et la réception de cette nouvelle est source de la conversion personnelle. Ces quatre fondamentaux sont parfois nommés ou bien encore sont appelés conversionism, biblicism, crucicentrism, andactivism.[4]

 

Il existe une certaine continuité entre l’évangélisme et les six points composant le piétisme, exprimés par Philipp Jacob Spener, théologien luthérien, dans Pia Desideria (qui influencera John Wesley en Angleterre, à l’origine lui-même du «  méthodisme », qui influencera le mouvement « quaker ») :

 

  • L’étude approfondie et détaillée de la Bible dans des réunions privées (ecclesiolae in ecclesia), qui se traduit encore aujourd’hui par la vivacité des groupes de bible study répandus dans le monde étudiant américain.
  • L’universalité de la prêtrise chrétienne : les laïcs doivent prendre part au gouvernement spirituel de l’Église, et en particulier une relative disparition de la distinction existant entre le pasteur et ses fidèles qu’il conduit dans le luthérianisme européen ;
  • La connaissance des textes au cœur du christianisme doit être complétée par la pratique religieuse, qui en est le signe indispensable ;
  • Les attaques contre les hétérodoxes et les incroyants ne doivent pas être purement didactiques ou polémiques ; ceux-ci doivent être accueillis avec compassion ;
  • La formation théologique reçue dans les universités doit être refondée, donnant plus d’importance aux actes de dévotion.

 

Le style des prêches doit évoluer et renoncer à l’usage d’une rhétorique plaisante pour se concentrer sur la transmission du message chrétien, sa réception au cœur d’un homme nouveau dont l’âme ne serait plus que foi, et l’impact de cette conversion intérieure sur la vie du chrétien. Les quatre piliers de l’évangélisme n’obèrent pas les divergences dogmatiques pouvant exister entre Églises au sein du mouvement évangéliste : les questions concernant le baptême (des adultes ou des enfants, ses modalités, sa signification) ou la nature du Christ et sa place au sein de la Trinité, traditionnellement sujettes à discorde, n’entrent ainsi pas en ligne de compte. Ceci permet à un large ensemble d’Églises de se retrouver au sein d’un mouvement qui se retrouve davantage dans une certaine pratique de la foi articulée autour des principes décrits ci-dessus que dans un dogme résumé sous forme d’une confession (type Confession d’Augsbourg) ou un credo, et à des pratiques propres aux évangélistes de se répandre aisément au sein du protestantisme américain.

 

Dans son usage actuel ou utilisée la plus souvent, l’appellation evangelical reflète la controverse entre fondamentalistes et modernistes du début du XXème siècle (qui portait essentiellement sur le caractère littéral des commandements et du texte sacré). Lorsque s’est constituée l’Association nationale des évangélistes (NAE) en 1942, elle rassemblait avant tout des personnages majeurs du courant fondamentaliste comme Bob Jones Sr. (fondateur de l’université du même nom, qui est encore aujourd’hui un foyer important pour l’évangélisme en Caroline du Sud), John Rice ou Otis Fuller[5]. Dans les années 1950, le mouvement devint plus œcuménique, grâce notamment aux efforts de Billy Graham. Le mouvement évangéliste est aujourd’hui très pluriel et rassemble des Églises de dénominations variées (essentiellement issues des courants baptiste et méthodiste) ; et on estime qu’il représente 28,6% de la population aux États-Unis, contre 24,5% pour l’Église catholique, et 13,9% pour le protestantisme non-évangélique[6], environ 9% de la population assistant à un office évangélique chaque dimanche[7]. En prenant en considération le fait qu’une part notable de la population noire des Églises du mouvement évangélique se revendique plutôt comme born again Christian, pour des raisons historiques, que comme Evangelical, on atteint le chiffre d’environ 100 millions d’Américains rattachés

 

Si le mouvement évangélique rassemble un large panel d’Églises, le courant baptiste (au travers de la Southern Baptist Convention) y jouit d’une place particulière. Cette dénomination rassemble une part notable des grandes figures du mouvement, notamment Billy Graham, et constitue le groupe religieux le plus important des États-Unis, en particulier dans les États du Sud traditionnel. Le pentecôtisme, tendance transversale dans les différentes communions protestantes américaines, constitue une autre influence majeure. Ce courant met l’accent sur l’expérience personnelle de Dieu à travers le baptême dans l’Esprit Saint, suivant l’exemple de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres lors de la Pentecôte. Il prône une pratique cultuelle intense et professe une croyance résolue dans les guérisons miraculeuses ou à la glossolalie, dans le but de retrouver les capacités spirituelles et la proximité avec le message évangélique qui étaient celles de la première communauté des apôtres. Les deux mouvements ne se recouvrent pas mais sont dans l’usage extrêmement proches, la tradition baptiste et méthodiste du revival, solidement ancrée dans le courant évangéliste, s’accommodant des pratiques plus proprement pentecôtistes.

 

Un courant à la communication très maitrisée

 

L’évangélisme accorde une importance particulière à la pratique pastorale et à l’évangélisation active de la société. Dès la première moitié du XXe siècle, des figures appartenant au courant fondamentaliste (dans le contexte de l’opposition fondamentaliste et moderniste) ont été parmi les premières à utiliser les nouveaux médias, notamment la radio, à des fins de propagation de leur foi. Le rassemblement évangéliste organisé par Bob Jones Sr. en 1925 à Pittsburgh, PA, constitue l’un des premiers exemples de diffusion radiophonique d’un évènement religieux. Dès 1927 et les débuts des grands réseaux de diffusion radiophonique aux États-Unis, Jones mit en place des programmes quotidiens et hebdomadaires de prêches radiodiffusés, ce qu’il poursuivit pendant trente-cinq ans, devenant en 1944 le président du National Religious Broadcasters. Il sut notamment adapter le style de ses prêches et s’éloigner du style emphatique et exalté des grands rassemblements de plusieurs milliers de personnes qu’il organisait concurremment, pour un style plus familial et adapté à une écoute au sein du foyer. Cette méthode répond à une analyse fine de la place de la radio dans les foyers américains d’alors, et il sut faire entrer sa parole dans la vie quotidienne de millions d’Américains en recourant à des techniques évoquant celles des fireside chats du président Franklin Roosevelt[10]. Dans un style différent, S. Parkes Cadman utilisa la radio dès 1923, avec une émission hebdomadaire les dimanches après-midi sur NBC dès 1928, et une audience atteignant cinq millions de personnes. Cette forte présence sur les ondes se poursuivra dans la deuxième moitié du XXe siècle avec des programmes comme Hour of Decision de Billy Graham, qui, après les émissions de Rex Humbard, à partir de 1952 jusqu’en 1983[11], fut une des figures pionnières dans l’émergence du télévangélisme. La diffusion télévisée de programmes religieux évangélistes devient un phénomène majeur à partir de la fin des années 1960, qui marquent les débuts de télévangélistes célèbres comme Pat Robertson ou Jerry Falwell. Robertson en est encore une figure majeure au travers du Christian Broadcasting Network, mis en place en 1960 en hertzien, qui bascula à partir de 1977 sur le câble, et est aujourd’hui disponible dans 180 pays, ainsi que par son émission quotidienne en direct sur ABC Family The 700 Club. Il est par ailleurs notable que Pat Robertson soit issu d’un courant charismatique du baptisme évangélique, et que Jerry Falwell jouisse également d’une certaine proximité avec ces courants.

 

L’un des principaux objectifs des évangélistes est de reformuler (revoice) le discours médiatique, à savoir le replacer dans un contexte culturel, dans un discours fondamentaliste, ce qui fut initialement un projet du courant de Jerry Falwell. Celui-ci visait à refondre les images et les mythes de l’Amérique dans un nouveau moule, transformant par exemple la maison hantée par les démons de la tradition d’Halloween en scaremare, un parcours terrifiant parsemé de rencontres avec le péché, la souffrance, la mort et la grâce salvatrice de Jésus-Christ[12]. Les partisans de Falwell détournèrent également les concours de beauté laïcs pour en offrir une version exaltant les vertus chrétiennes en lieu et place de l’apparence physique[13], et créèrent le Fundamentalist Journal, un magazine d’information élaboré qui propagea un discours prosélyte sur les tables basses du pays. Sur le plan éducatif, l’établissement d’enseignement supérieur baptiste de Lynchburg et le Bible College de Jerry Falwell fusionnèrent pour donner naissance à un institut d’enseignement supérieur, le Liberty Baptist College, qui devint par la suite la Liberty University, proposant un enseignement en accord avec les articles de foi évangélistes[14]. Le musée de l’Histoire de la terre et de la vie, érigé sur le campus de cette université, occupait l’espace culturel habituellement dévolu à un musée d’Histoire naturelle, mais mettait en scène, dans des vitrines présentant l’homme et les animaux, les hypothèses du créationnisme à la place de celles de l’évolution[15]. De même, les Godparent Homes de la Liberty University convertirent un ancien foyer pour mères célibataires en un espace présentant des discours anti-avortement (pro-life) reformulant des récits de facture féministe à l’aide d’un vocabulaire emprunté aux chrétiens évangélistes ou born-again.

 

Le courant évangélique présente ainsi une grande facilité d’adaptation aux médias, par rapport aux Églises traditionnelles (protestantisme luthérien ou presbytérien classique, catholicisme), qui va jusqu’au détournement des supports indépendants d’amateurs passionnés, connu sous le nom de « fanzine », en « Biblezine » et qui rassemble autour de textes sacrés des éditoriaux, tests et calendriers d’évènements, dont le plus connu est Revolve. Il s’agit là de reformuler le magazine pour adolescents donnant à voir une certaine inventivité des évangélistes pour refondre les pratiques courantes de la société américaine dans leur cadre culturel. Cette habileté s’est retrouvée également dans la facilité des évangélistes à reprendre le langage politique et à le replacer dans leur contexte, ce qui a été particulièrement visible aux élections de 2000 et 2004 où le candidat du Parti républicain avait à plusieurs reprises témoigné de ses profondes convictions évangélistes et bénéficiait du soutien appuyé de nombreuses congrégations. Pendant les décennies précédant ces élections, les leaders de la droite religieuse, tout comme les politiciens républicains et leurs conseillers, étaient devenus experts dans l’art de repenser et reformuler les paroles de leurs opposants libéraux, de les infléchir et les reprendre dans leurs propres termes. Ils ne se contentaient pas de critiquer ou de ridiculiser leurs adversaires culturels et politiques mais les métabolisaient, plongeant au cœur des pratiques et institutions jusque-là laïques et libérales non pour s’y intégrer, mais afin de les assimiler. Ceci avait été perçu dès les années 1970 par des républicains traditionnels comme Goldwater, qui refusaient d’y prendre part[16]. La création de Fox News en 1996 offre un bon exemple de métabolisation assumée côté conservateur : celle-ci visait à proposer une chaîne d’information plus « équitable » (fair and balanced) contrebalançant ses concurrentes pro-démocrates comme MSNBC et reprenant leurs grands codes de présentation (chroniqueurs vedettes avec une émission-phare quotidienne, avec le O’Reilly Factor ; confrontations d’analystes politiques de Sean Hannity). Ceci confère une résonnance particulière aux propos de Geoffrey Nunberg :

 

« Le langage est une sorte de plébiscite informel : lorsque nous adoptons un mot nouveau ou que nous transformons l’utilisation d’un ancien terme, nous votons pour un point de vue particulier (…). Quand nous parlons politique de nos jours – par « nous » j’entends aussi bien les progressistes et les libéraux que les conservateurs et les centristes – nous ne pouvons faire autrement que d’utiliser un langage qui caractérise la conception du monde de la droite. »[17]

 

La grande force des évangélistes est d’être capables d’utiliser les éléments de langage de leurs adversaires contre eux sans que ces derniers ne puissent retourner la chose en évitant en général scrupuleusement les références religieuses dans leur discours (on songera aux techniques de communication des organisations pro-life). Il existe certes différents mouvements de « gauche » évangélique (en particulier sur des problématiques écologiques, à l’instar de la Evangelical Climate Initiative défendant le concept de « soin à la Création », adopté en 2005 par la NAE) qui essaient de subvertir le langage de la droite religieuse (ils revendiquent notamment leurs positions écologiques comme pro-life). An Inconvenient Truth, le célèbre film d’Al Gore, se rapproche d’ailleurs, sur la forme, de certaines thématiques et méthodes de discours chères au courant évangélique par son format (véritable prêche en son et lumière comme on en verrait dans une megachurch) ou son propos invitant à une forme de rédemption par l’introspection et l’évolution volontaire des modes de consommation.

 

Le Parti républicain et le mouvement évangélique

 

Historiquement ancrés dans le Sud traditionnel, terre baptiste, les mouvements évangéliques jouissaient jusqu’aux années 1970 d’une réelle influence au sein du Parti démocrate, qui disposait d’une emprise énorme dans tout le quart sud-est du pays pour un certain nombre de raisons ; notamment le ressentiment contre les républicains, depuis Lincoln, perçu, en particulier depuis la guerre de Sécession et la reconstruction, comme le parti des élites intellectuelles et industrielles du Nord-Est. Jusque dans les années 1960, remporter les primaires démocrates dans la région (Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Arkansas, Texas, Oklahoma, Missouri, Tennessee, Kentucky) revenait à être élu (tantamount to election). L’hégémonie du Parti démocrate dans la région donna naissance à la notion de Solid South, un bloc électoral indissoluble où le Parti républicain n’avait rien à gagner ne serait-ce qu’à faire campagne. Sous Franklin D. Roosevelt, le Sud traditionnel continua à soutenir dans son ensemble les politiques du New Deal, qui d’ailleurs ciblaient la région pour un certain nombre d’investissements ; on pourrait ainsi citer la mise en valeur de la vallée du Tennessee conduite par la Tennessee Valley Authority. Le Parti démocrate national ne commença à perdre son influence dans la région qu’avec les politiques de déségrégation, ébauchées sous Kennedy puis mises en place sous Johnson[18]. Les nouveaux arrivants blancs venus du Nord dans le cadre de l’industrialisation du Sud-Est du pays dans la seconde moitié du XXème siècle, étaient souvent républicains et la communauté blanche de la région était de plus en plus déçue par les politiques portées par le gouvernement fédéral mettant un terme à l’ordre traditionnel ségrégué, qui avaient d’ailleurs été établies au niveau local par des autorités démocrates. Un État comme l’Arkansas, qui avait voté démocrate à chaque élection présidentielle depuis 1876, bascula pour les républicains en 1968 dans le contexte de la candidature indépendante de George C. Wallace, gouverneur ségrégationniste et populiste de l’Alabama, anciennement une des figures du Parti démocrate dans la région. Celui-ci remporta les votes de l’Arkansas, de l’Alabama, du Mississippi, de la Louisiane, et de la Géorgie qui traditionnellement revenaient aux démocrates dans cette élection. Si le Parti démocrate regagna une partie de ces États en 1976 avec la candidature du Géorgien Jimmy Carter, puis en 1992 avec celle de Bill Clinton (ex-gouverneur de l’Arkansas), il ne retrouva plus jamais la majorité des grands électeurs dans ces États. En parallèle, son influence dans les représentations au Congrès baissa rapidement, suivie une dizaine d’années plus tard par une perte d’influence dans les représentations locales (gouverneurs et assemblées des États) même si, au niveau des comtés et des communes, une certaine influence démocrate est encore perceptible (ainsi que dans quelques grandes villes à majorité afro-américaine comme Atlanta ou la Nouvelle-Orléans).

 

À partir de 1968, le Parti républicain sut mener une campagne efficace de conquête de l’électorat blanc dans le Sud-Est du Pays, la célèbre Southern Strategy, initiée par Richard Nixon et son conseiller Kevin Phillips et poursuivie sous Ronald Reagan. Pour reprendre les mots de Phillips[19], si la déségrégation a définitivement acquis le vote de la communauté afro-américaine du Sud au Parti démocrate, le moment est venu dans le même temps pour le Parti républicain d’apprendre à conquérir les votes de la communauté blanche de ces États. Jeffrey Hart, auteur de certains des discours de campagne de Nixon objectera que la stratégie visait plutôt les États situés à la limite entre le Sud et le Nord, le long de la Mason-Dixon line, et non les États du Sud profond, laissés à Wallace[20]. Toujours est-il qu’à partir de 1968, tirant les conclusions du basculement de certains États, dès 1964, dans le contexte de la campagne de Goldwater, le Parti républicain parvint à mobiliser une part croissante de l’électorat populaire et des votes de grands électeurs de la région.

 

A partir de Nixon, l’un des arguments fondamentaux des différents courants du Parti républicain pour convaincre les anciens électeurs Dixiecrates (puis de l’American Independent Party) sera l’appel au respect des States’ rights[21], et le replacement du fédéralisme au cœur du fonctionnement des institutions en réévaluant un équilibre de souveraineté avantageant les États fédérés par rapport à l’État fédéral. Le sujet était à l’origine d’un vif débat constitutionnel depuis la fondation du pays : on pensera par exemple à l’argumentaire développé en 1851 par Calhoun, selon lequel la souveraineté des États n’est limitée par celle de l’État fédéral que dans les cas mentionnés explicitement dans la Constitution, leur accordant même un droit d’annulation des actes et des lois de la fédération qui ne seraient pas intégrés dans le bloc constitutionnel[22]. La première étape de la campagne de Reagan de 1980 dans un État du Sud, dans le Mississippi à Neshoba, le vit déclarer « I believe in states’ rights »[23], ce qui fut considéré comme un retour à la Southern Strategy nixonienne. Cette défense affichée des droits des États avait pour avantage de satisfaire autant les républicains aux convictions libertariennes (garantir les droits des États c’est aussi combattre le Big Government fédéral) que la droite conservatrice du Sud (qui voyait là une attaque des lois de déségrégation des années 1960). Dans les années 1990 puis 2000, le Parti républicain continuera à être un ardent défenseur des States’ rights, tout en les mettant en perspective non plus par rapport aux problématiques de déségrégation mais de sujets culturels comme la préservation d’un certain conservatisme moral et sociétal.

 

Cette méthode consistant à utiliser un terme relativement large comme States’ rights, en sachant qu’il aura une résonance très spécifique pour une partie de l’électorat, est connue en politologie américaine sous le nom de Dog Whistle politics[24]. Elle sera également utilisée dans les années 2000 par l’administration Bush, notamment au travers des travaux de Rove, pour faire passer des messages pouvant être reçus positivement par les courants évangélistes, notamment sur des questions de société, tout en délivrant un propos assez général[25]. Les critiques de George W. Bush au cours de la campagne de 2004 contre la décision de 1857 de la Cour Suprême dans l’arrêt Dred Scott qui avait reconnu la légalité de l’esclavage sont un exemple. Si ces critiques ne pouvaient qu’avoir un impact favorable sur l’électorat afro-américain, elles soulignaient également, aux yeux de nombreux analystes (dont Safire) qu’une décision de la Cour suprême n’avait rien de définitif et pouvait être renversée, notamment Roe v. Wade (qui légalisa l’avortement), ce qui ne pouvait que plaire au public pro-life. Encore aujourd’hui, il est intéressant de noter qu’un républicain aussi atypique que Ron Paul, l’un des leaders du courant libertarien du parti, se déclare pro-life tout en revendiquant le fait que cette décision doit être laissée aux États fédérés[26].

 

Dans le contexte du déploiement de la Southern Strategy, la conquête de l’électorat évangéliste conservateur était un moyen évident pour les républicains de retrouver une base électorale significative dans les États du Sud, ce qui se traduisit par les positions de certains leaders évangélistes dès les années 1970. Ainsi, Billy Graham, certes relativement modéré (et plutôt proche de Martin Luther King, avec lequel il avait animé des revivals durant le mouvement des droits civiques), mais une figure majeure du courant évangéliste de la Southern Baptist convention était connu pour sa grande proximité avec le président Nixon[27], qui apparut en 1970 à un revival dans l’Est du Tennessee[28] et y fut le premier président à s’exprimer depuis l’estrade d’un prêcheur évangéliste[29]. Graham officia d’ailleurs au cours de son mandat dans des offices privés du président[30]. Durant la deuxième moitié des années 1970, le Parti démocrate reviendra temporairement en grâce aux yeux d’une partie de l’électorat religieux du Sud, le président Carter étant Géorgien et de surcroît un born-again Christian revendiqué, mais cette influence sera à nouveau perdue en 1980 face à une politique extrêmement offensive de Reagan dans ces États, et en raison de l’échec des politiques économiques de Carter.

 

Conscient d’être devenu une force majeure d’influence dans des États clés pour les deux partis, le courant évangéliste s’organise sous la forme de mouvements avec pour idée précise de porter un certain nombre de messages sociétaux et moraux à destination des politiques et de peser autant que possible dans la balance politique. En 1974, le Dr. Robert Grant fut à l’origine des premiers efforts pour faire de la Christian right un mouvement politiquement actif, en fondant l’American Christian Cause pour défendre les idéaux moraux chrétiens dans le débat politique en Californie du Sud. Inquiet du fait que les chrétiens évangélistes avaient majoritairement voté pour Jimmy Carter en 1976, Grant étendit son mouvement et fonda Christian Voice pour mobiliser l’électorat chrétien en faveur de candidats partageant des valeurs socialement conservatrices. Outre Christian Voice, différents mouvements se développèrent autour de figures évangélistes comme Jerry Falwell, James Dobson ou Ed McAteer, notamment Moral Majority(Falwell), Religious Roundtable Council, ou Focus on the Family, qui cherchaient à combiner une vision politique conservatrice avec les enseignements évangélistes (de la tendance fondamentaliste). On considère en général l’origine de la Christian right comme remontant à une réunion de 1979 où Jerry Falwell fut à l’origine de la création de la Moral Majority, un nom qui engloba rapidement l’ensemble des efforts politiques conservateurs d’évangélistes[31]. Tout au long des années 1980, la Moral Majority fut une force d’influence majeure, qui à son apogée revendiquait quatre millions de membres et deux millions de donateurs[32], avec pour objectif affiché de mobiliser l’électorat religieux conservateur et de peser dans le débat d’idées politiques. Les donations se réduisirent à la fin des années 1980 et l’électorat religieux ne considérait plus sa vision d’une Amérique répondant à des valeurs chrétiennes comme en danger, après deux mandats républicains successifs ayant repris un certain nombre d’idées de la Moral Majority. Falwell dissout donc l’organisation en 1989, déclarant à cette occasion : « Our goal has been achieved… The religious right is solidly in place and… religious conservatives in America are now in for the duration »[33].

 

A la fin des années 1980, Pat Robertson fonda la Coalition chrétienne en se fondant sur sa candidature électorale de 1988, avec l’aide de l’activiste républicain Ralph Reed qui devint son porte-parole. En 1992, le groupe Christian Coalition, basé à Virginia Beach, VA, commença à produire des guides à l’usage des électeurs qu’il distribua dans des églises conservatrices. Sous la direction de Robertson et de Reed, la Coalition reprit le flambeau de la Moral Majority et devint la principale force politique du mouvement chrétien évangéliste conservateur, son influence culminant lors de campagnes pour soutenir une candidature religieuse à la présidence en 1996. Ce groupe a par ailleurs commencé à ajouter des questions politiques plus générales aux sujets moraux et sociétaux habituellement chers à l’électorat religieux (avortement, droits des homosexuels, prière dans les écoles), leur donnant ainsi une base idéologique globalement cohérente, et une vraie plateforme électorale (santé, économie, éducation, criminalité), en empruntant largement sur ces sujets aux mouvances néo-conservatrices et libertariennes du Parti républicain. C’est ce rapprochement d’idées de différents courants (morale chrétienne fondamentaliste sur les sujets moraux et sociétaux, néo-conservatisme en matière économique et en politique étrangère) qui a constitué la plateforme de campagne de George W. Bush, en particulier en 2004 où il mit un accent particulier sur l’électorat religieux conservateur[34] bien qu’il ait généralement mené des politiques plus néo-conservatrices une fois élu.

 

Depuis 2008, la droite religieuse est restée une force d’influence majeure au sein du Parti républicain, comme en témoignent les positions dures en matière morale et sociétale (avortement, mariage homosexuel, etc.) des différents candidats de 2008[35]  [36],comme de 2012 –on pensera notamment à la primaire républicaine de 2012, avec des candidats comme Mike Huckabee ou Richard Santorum rivalisant de conservatisme sur les sujets chers à la droite religieuse. On observe donc une convergence entre un strict conservatisme moral et sociétal porté par l’influence évangéliste, et une interprétation stricte quant au domaine de souveraineté délégué par les États fédérés au gouvernement fédéral, et plus généralement quant à la place du gouvernement dans le fonctionnement de l’économie et de la société[37], qui traduit en fait la synthèse opérée entre les valeurs paléoconservatrices traditionnelles, libéralisme économique, réduction du rôle de l’Etat fédéral dans l’économie et les affaires internes des Etats fédérés, telles que construites à partir de Goldwater, et les valeurs sociales et culturelles portées par le mouvement évangélique. L’approche conservatrice historique sur le rôle de l’Etat fédéral dans l’économie et ses relations avec les Etats fédérés, a dans un second temps, à partir des mandats successifs de Reagan, été parcourue par un mouvement de fond libertarien, ce qui est particulièrement visible au sein du Tea Party, qui en appelle régulièrement à une approche que l’on retrouve jusque dans son nom, porteur d’une revendication fiscale, et revendiquant un retour aux valeurs fondamentales du mythe fondateur de la guerre d’Indépendance. On pensera notamment à Rand Paul, sénateur du Kentucky et figure du mouvement qui propose une synthèse alliant politique libertarienne en matière économique, fiscale et budgétaire[38], vision très conservatrice sur les questions de société[39],[40] , et une politique étrangère plus néo-conservatrice que celle prônée par son père Ron Paul[41].

 

Cette inflexion du Parti républicain, de plus en plus influencé par la droite religieuse dure et tourné vers les États du sud et du Midwest, est considérée aujourd’hui comme ayant perdu sa pertinence par différents observateurs, car elle cantonne le parti au Sud du pays, tout en ne parvenant pas à empêcher les démocrates de remporter des élections[42]. Le parti ferait ainsi les frais d’une Southernization excessive, en ne parvenant pas à mobiliser l’électorat afro-américain (George Bush y était quelque peu parvenu et force est de constater qu’une vision conservatrice en matière morale a un certain impact sur cette tranche de l’électorat, mais les positions très libérales du parti quant au système d’aides sociales lui aliènent une large part de cette population) ou hispanique. Une stratégie de conquête de cet électorat semble donc se déployer en réponse. Richard Santorum avait su, lors des primaires de 2012, séduire l’électorat conservateur religieux par des positions strictes sur les grands sujets de société, tout en étant catholique et pouvant jouer sur cet aspect auprès de la population hispanique croissante dans les États du Sud. Le sénateur Ted Cruz du Texas, baptiste évangélique affirmé, fils d’un pasteur, apparaît aujourd’hui comme l’une des options les plus pertinentes pour un retour en force du parti, s’il parvient à capitaliser sur ses succès électoraux locaux au sein de cette communauté et sur son héritage cubain-américain pour renforcer l’influence républicaine dans des États clefs à forte composante hispanique. Un autre Cubain-Américain[43], Marco Rubio, sénateur de Floride, apparaît aujourd’hui comme l’une des étoiles montantes du parti – il a notamment prononcé la réponse républicaine au discours du président Obama de 2013 sur l’État de l’Union – et comme une autre option possible pour 2016. Se pose ainsi la question de savoir si, après trois décennies d’hégémonie évangéliste au sein du Parti républicain, celui-ci ne devra pas réussir la synthèse entre le conservatisme moral et social évangéliste et une vision conservatrice traditionnelle en matière de politique économique et de fonctionnement des institutions, et parvenir à séduire, au delà de l’électorat populaire blanc, qu’il a su depuis Nixon ravir au Parti Démocrate, des populations catholiques et hispaniques pour revenir au pouvoir ; comme il avait d’ailleurs pour partie réussi à le faire en 2004, lorsque George W. Bush avait rassemblé 44 % du vote hispanique. A ce jour, la vraie question pour la droite américaine est ainsi de savoir si la prochaine Moral Majority sera aussi hispanique.

 

Article originellement rédigé en 2014.

 

Addendum

 

Le début du mois  de février 2016 a vu la victoire de Ted Cruz contre les sondages dans le premier caucus républicain de l’Iowa, talonné par Donald Trump, favori des sondages, et Marco Rubio[44]. Les tendances décrites dans le présent article, et en particulier l’appel croissant, au sein du parti Républicain, au strict respect des States’ Rights se sont renforcées, conduisant plusieurs états, dont le Tennessee[45] dernièrement, à voter des motions appelant à une nouvelle Convention Constitutionnelle, visant à amender en profondeur le texte fondateur, en donnant davantage de garanties aux Etats fédérés dans leurs relations avec l’Etat fédéral, de même que le rôle crucial de la mouvance évangélique dans le jeu des primaires républicaines[46], une « silent majority » difficilement quantifiable par les sondeurs, et ayant contribué à la surprise qu’a été la relative défaite de Donald Trump dans l’Iowa. Le parti républicain semble ainsi en passe de réussir la synthèse que nous avons décrite. La deuxième place de Ted Cruz dans la primaire républicaine jusqu’en mars 2016 montre ainsi l’importance des idées évangélistes dans le parti républicain.


AUTEURS

Club du Millénaire: 

Pierre Jérémie, Lara Deger

Comité de relecture: 

Sarah Laffon, Antonin Tokatlian


SOURCES

[1] Ancien candidat à l’élection présidentielle de 1964, et figure majeure du courant conservateur historique du Parti.

[2] « On religious issues there can be little or no compromise. There is no position on which people are so immovable as their religious beliefs. There is no more powerful ally one can claim in a debate than Jesus Christ, or God, or Allah, or whatever one calls this supreme being. But like any powerful weapon, the use of God’s name on one’s behalf should be used sparingly. The religious factions that are growing throughout our land are not using their religious clout with wisdom. They are trying to force government leaders into following their position 100 percent. If you disagree with these religious groups on a particular moral issue, they complain, they threaten you with a loss of money or votes or both. I’m frankly sick and tired of the political preachers across this country telling me as a citizen that if I want to be a moral person, I must believe in « A, » « B, » « C » and « D. » Just who do they think they are? And from where do they presume to claim the right to dictate their moral beliefs to me? And I am even more angry as a legislator who must endure the threats of every religious group who thinks it has some God-granted right to control my vote on every roll call in the Senate. I am warning them today: I will fight them every step of the way if they try to dictate their moral convictions to all Americans in the name of « conservatism. » » (Discours du 16 Septembre 1981).

[3]Richard Santorum, catholique, finira second des primaires républicaines derrière Mitt Romney.

[4] David W Bebbington, Evangelicalism in Modern Britain: A History from the 1730s to the 1980s, London: Routledge, 1993.

[5] DW Cloud, What is the Emerging Church, Way of Life, décembre 2009.

[6] 2007 Statistical Abstract of the United States.

[7] David T Olson, The American Church in Crisis, Grand Rapids: Zondervan, 2008.

[8] 2010 US Religion Census. (voir annexe I)

[9] Ibid. (voir annexe II)

[10] L’essentiel de ses émissions sont consultables sur http://www.bju.edu/resources/radio/programs/truth.html

[11] « Colette M. Jenkins, « Humbard helped to shape modern ministry » », Akron Beacon Journal, 23 septembre 2007.

[12] http://www.religioustolerance.org/hallo_he.htm

[13] http://www.americasgirlpageants.com/

[14] http://www.newsadvance.com/news/local/article_6ac02b19-bedc-5184-8097-32c25dc66aa5.html

[15] http://www.liberty.edu/academics/arts-sciences/creation/

[16] “When you say « radical right » today, I think of these moneymaking ventures by fellows like Pat Robertson and others who are trying to take the Republican party and make a religious organization out of it. If that ever happens, kiss politics goodbye” – Grove, Lloyd (July 28, 1994), « Barry Goldwater’s Left Turn », The Washington Post

[17] Geoffrey Nunberg, Talking Right. How Conservatives Turned Liberalism into a Tax-Raising, Latte-Drinking, Sushi-Eating, Volvo-Driving, New York Times-Reading, Body-Piercing, Hollywood-Loving, Left-Wing Freak Show, New York, PublicAffairs, 2006.

[18] Byron E. Shafer, Richard Johnston, The End of Southern Exceptionalism: Class, Race, and Partisan Change in the Postwar South, 2009.

[19] « From now on, the Republicans are never going to get more than 10 to 20 percent of the Negro vote and they don’t need any more than that…but Republicans would be shortsighted if they weakened enforcement of the Voting Rights Act. The more Negroes who register as Democrats in the South, the sooner the Negrophobe whites will quit the Democrats and become Republicans. That’s where the votes are. Without that prodding from the blacks, the whites will backslide into their old comfortable arrangement with the local Democrats. » James Boyd, « Nixon’s Southern strategy: ‘It’s All in the Charts’ », The New York Times, 17 mai 1970.

[20] Jeffrey Hart, The Making of the American Conservative Mind (television), Hanover, New Hampshire: C-SPAN, 2 septembre 2006.

[21] Taylor Branch, Pillar of Fire: America in the King Years 1963-65, New York: Simon & Schuster, 1999.

[22] Une théorisation du concept d’État fédéral qui fera date, notamment chez les constitutionnalistes allemands qui peu après devront se poser des questions analogues, notamment Max von Seydel avec Zur Lehre von den Staatenverbindungen (1872).

[23] Bob Herbert, « Righting Reagan’s Wrongs? ». The New York Times, 13 novembre 2007.

[24] William Safire, Safire’s political dictionary, New York [u.a.]: Oxford Univ. Press, 208.

[25] Craig Unger « 11. Dog Whistle Politics », The fall of the house of Bush: the untold story of how a band of true believers seized the executive branch, started the Iraq War, and still imperils America’s future, Simon and Schuster, 2007.

[26] John Lofton, « Excerpts From Our Exclusive Ron Paul Interview », American View, août 2007.

[27] « The Transition; Billy Graham to lead Prayers », The New York Times, 9 décembre 1992.

[28] On notera qu’il s’agit d’un des border states en question.

[29] Randall E. King, « When worlds collide: politics, religion, and media at the 1970 East Tennessee Billy Graham Crusade », Journal of Church and State, 22 mars 1997.

[30] Ibid

[31] William Martin, With God on Our Side: The Rise of the Religious Right in America, New York: Broadway Books, 1996.

[32] Clyde Wilcox, Onward Christian Soldiers?, Boulder: Westview Press, 1996.

[33] Patrick Allitt, Religion in America Since 1945: A History, New York: Columbia University Press, 2003.

[34] On citera notamment un soutien affiché à la mouvance pro-life, ainsi qu’à une initiative d’amendement constitutionnel, le Federal Marriage Amendment, qui définirait le mariage comme strictement hétérosexuel pour l’ensemble des États.

[35] C.J. Karamargin, « McCain sounds like presidential hopeful », Arizona Daily Star, 24 août 2005.

[36] http://www.politico.com/story/2007/12/huckabee-called-homosexuality-sinful-007270

[37] Et notamment en matière de politique fiscale et budgétaire.

[38] Bruce Schreiner, « Paul says GOP shares blame for deficits ». The Daily Caller, 12 septembre 2010.

[39] « Sanctity of Life », Rand Paul US Senate website.

[40] Chris Wallace, « Sen. Rand Paul on top congressional issues; pivotal moment in the battle over gay marriage », Fox News Channel, 24 mars 2013.

[41] Jon Ward, « Rand Paul Supports Some Military Bases On Foreign Soil, A Big Difference From His Dad », The Huffington Post, 1eravril 2013.

[42] Adam Nossiter, « For South, a Waning Hold on National Politics », The New York Times, 10 novembre 2008.

[43] On se rappelera que la communauté Cubaine-Américaine est traditionnellement ancrée dans le camp Républicain depuis 1961.

[44] http://www.nytimes.com/elections/results/iowa

[45] http://www.npr.org/2016/02/04/465593798/rewrite-the-constitution-several-states-are-trying-to

[46] http://www.nytimes.com/2016/01/31/magazine/ted-cruzs-evangelical-gamble.html?_r=0