Contestation en Russie : le Comité des Mères de Soldats russes

  • L’émergence d’une contestation
  • Politique et société civile : une relation ambiguë
  • La question militaire posée par le Comité des Mères de Soldats Russes
  • Institutionnalisation du Comité des Mères de Soldats russe
  • Le dossier des soldats disparus en Ukraine


Cécile CALVET, Lara DEGER, « Contestation en Russie : le Comité des Mères de Soldats russes », Sur le Clubdumillenaire.fr, 28 janvier 2015


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L’émergence d’une contestation[1]

 

L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 a reposé la question de la place et du rôle de l’opposition politique en et la marginalisation des partis politiques libéraux et démocrates qui ne sont plus représentés au parlement depuis les élections législatives de 2003. Face à Russie Unie qui incarne la volonté de Vladimir Poutine d’établir une « verticale du pouvoir » l’opposition s’affirme dans des mouvements informels, des engagements associatifs ou des mobilisations locales. Ces mouvements se sont développés à partir de 2005 lors des manifestations contre la monétisation des avantages sociaux. C’est dans le sillage de cette mobilisation que des mouvements sociaux locaux assez limités se sont développés pour jouer un rôle de « contre-pouvoir » informel face à un parti autoritaire. La convergence de ces mouvements très disparates a pu être ressentie à l’hiver 2011-2012, lors des grandes manifestations contre la falsification des élections. Ce mouvement de protestation, fortement relayé dans la presse européenne notamment, est également connu sous le nom de « mouvement des Rubans blancs »[2] : les citoyens ont pris part à une action sur la place Triomphale et, le 10 décembre 2011,  avait lieu, sur la place Bolotnaïa, la plus grande manifestation des vingt dernières années. Il est à noter cependant qu’en Russie, les deux pôles de la vie politique sont peu conciliables, il ne peut y avoir de «zone neutre»[3]. L’opposition devient donc un facteur d’hostilité et non un facteur d’équilibre. Cette première remarque est nécessaire à une plus grande compréhension de la sociologie de l’opposition en Russie. Cette approche a été largement reprise depuis 2004 comme leitmotiv par Vladislav Sourkov, idéologue de Vladimir Poutine.


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Dmitri Medvedev, alors président, a annoncé une réforme électorale incluant le retour des élections des gouverneurs au suffrage direct et la libéralisation du système de formation des partis. Il sembla alors que les règles de la vie politique allaient commencer à changer. Toutefois, les effets ont été contradictoires pour l’opposition : ayant sous-estimé le pouvoir et surestimé ses propres ressources[4], l’opposition russe a perdue une grande partie de ses lentes avancées. L’activisme d’opposition se trouve selon les sondages à un niveau très bas, tandis que la cote de popularité de Vladimir Poutine s’envole en parallèle. In fine, le Kremlin est parvenu à ce renversement de situation en marginalisant le mouvement, en entamant des poursuites en justice et la liquidation politique de tous les leaders du mouvement. Sergueï Oudaltsov a été condamné à plus de quatre années de prison en juillet 2014 pour « organisation de désordres massifs », Alexeï Navalny assigné à domicile. Le parti de Navalny – « le Parti du progrès »[5] – n’a pas été enregistré. Aucune formation d’opposition n’a progressé, et le parti « Russie juste »[6], qui avait soutenu le mouvement de 2011, s’est délesté de ses contestataires pour regagner l’orbite du pouvoir. L’échec des Rubans Blancs a toutefois montré au monde qu’une forme d’opposition au pouvoir existait en Russie et qu’existe une vitalité politique, civique, qui peut être mobilisée par des mouvements plus ou moins formels, mais manquant de concrétisation politique.  Ceci atteste de la relation particulière qu’entretiennent les partis politiques et associations en Russie.

 

Politique et société civile : une relation ambiguë

 

Après avoir rencontré les responsables des partis politiques non représentés à la Douma[7], le président Dmitri Medvedev déclarait en juin 2009: « les associations à but non lucratif traitent trop souvent de questions politiques. En d’autres termes, elles font ce que les partis devraient faire au lieu de défendre les droits de l’homme. (…) Et vous, vous vous chargez des fonctions des associations à but non lucratif, ce qui n’est pas normal non plus. Vous devriez vous battre pour avoir une place au soleil politique. Tous est mélangé ici »[8]. Or, au cours des années 1990 le thème de la différenciation des partis et des associations était important dans la conception de la transition démocratique. Il s’agissait de rompre avec la fusion du Parti communiste (PCUS) et des organisations sociales de la période soviétique mais aussi avec la fluidité des relations sociales et politiques héritées de la Perestroïka[9], où « parti » et « association » avaient tendance à se confondre (les mouvements indépendants apparus alors étant souvent qualifiés de « sociopolitiques » pour souligner la difficulté à les différencier clairement des partis[10]). Ce thème de la différenciation est aujourd’hui remis à l’honneur en Russie dans un espace toutefois peu démocratique ou pluraliste.

 

En somme, les partis politiques sont conçus comme un type particulier d’organisation sociale. De plus, la souplesse de la loi favorise la multiplication des associations mais aussi celle des partis. D’après Françoise Daucé[11], « dans ce cadre législatif, les associations et les partis nouent des collaborations dans les années 1990. S’ils hésitent à s’engager eux-mêmes en politique, les défenseurs des droits de l’homme tissent des liens avec les partis qui relaient leurs demandes. La nécessité pour les militants associatifs d’un engagement direct dans la vie politique est alors peu intense puisqu’ils disposent de divers interlocuteurs politiques. Plusieurs partis sont en effet susceptibles de faire remonter leurs revendications jusqu’au Parlement : Russie démocratique, Choix démocratique de la Russie puis Union des forces de droite, Iabloko[12] ». Les militants associatifs de Mémorial[13], du Groupe Helsinki de Moscou ou de l’Union des Comités des Mères de Soldats russes négocient avec ces formations libérales au nom des causes qui les mobilisent. La protestation contre la guerre en Tchétchénie ou la lutte contre le service militaire et les violences subies par les soldats dans l’armée constituent par exemple des sujets de coopération entre responsables politiques et militants associatifs. Une répartition implicite des rôles s’impose alors: les partis libéraux sont chargés de transmettre au pouvoir les demandes de la société civile qui, en retour, les soutient lors des élections. Les militantes de l’Union des Comités des Mères de Soldats ont tenté de s’investir directement dans la vie partisane en créant leur propre parti politique en 2004 avec le parti libéral Iabloko, afin de conclure une alliance à l’occasion des élections à la Douma de Moscou en 2005. Cette aventure demeure cependant sans lendemain. Ne répondant plus aux exigences de la législation sur les partis, le parti des Mères de Soldats russes ne peut en effet participer aux élections législatives de 2007 : lors de ces élections, Iabloko ne franchit pas la barre des 7 % de voix nécessaires à l’entrée à la Douma malgré l’influence relative du Comité des Mères de Soldats. Dans ce contexte, ces militantes indépendantes se sont interrogées sur leur rôle en politique.

 

La question militaire posée par le Comité des Mères de Soldats Russes

 

Le Comité des Mères de Soldats russes souligne la filiation directe qui existe entre l’armée d’aujourd’hui et celle de l’époque soviétique faisant état d’une absence de rejet des traditions militaires soviétiques dans la pratique en aux discours tenus. Cependant la perte de sa splendeur, de son prestige a pu être constatée et explique que « tout au long des années 1990, le rejet du service militaire est allé croissant, nourri par une information de plus en plus précise sur les dysfonctionnements et la corruption gangrenant l’armée, par les conflits armés dans lesquels s’engageait la Russie sans que les citoyens en comprennent le sens »[14]. Par ailleurs, un renversement de paradigme est à noter, avec les ennemis d’hier devenus  les plus importants partenaires économiques d’aujourd’hui. Dans les années 1980, le climat instable dû aux affaires de maltraitance, d’humiliations, de viols qui parviennent dans la presse (à titre d’exemple, l’affaire « Arturas Sakalauskas » en 1987). Le manque de réflexion ouverte et de perspectives de réformes dans les années 1980  a été à l’origine de l’émergence de groupes comme celui du Comité des Mères de Soldats. En somme, l’institution militaire est à la croisée de deux chemins. En plein affaiblissement, elle reste investie d’un idéal de puissance. D’un côté, la création de l’armée permet à la Russie de se constituer en Etat à part entière et de succéder à l’URSS. À partir de 1993, l’armée contribue au renforcement de l’État et à la présidentialisation de son régime politique. D’un autre côté, le fonctionnement de l’armée, qui n’a pas été réformé dans son esprit, suscite des réactions qui participent de l’affaiblissement du pouvoir central : la démilitarisation de l’économie, la valorisation des droits individuels et la fédéralisation posent la question de l’émergence d’une société marchande et civile face au militaire, et donc face à l’État.

 

Institutionnalisation du Comité des Mères de Soldats russe

 

D’abord informel, ce groupe a rapidement cherché à s’institutionnaliser. Il a été finalement  créé lors du Congrès de juin 1990 derrière le slogan « Les mères contre la violence : de quelle armée avons-nous besoin ? ». Ces protestations se sont accompagnées de recommandations précises, à travers la définition de vingt quatre objectifs, que Anna Colin-Lebedev résume en quatre grands axes[15] : « exiger le respect des droits et de l’intégrité physique  et morale des soldats au cours du service militaire, rendre l’institution militaire transparente et ouverte aux observateurs extérieurs, s’opposer à l’envoi de conscrits en zones de combats »[16]. Mais la demande d’un passage à une armée de métier, qui forme davantage un horizon d’action qu’un objectif concret, va devenir la revendication centrale de l’Union des Comités de mères de soldats de Russie. Leur première exigence reposera donc sur la nécessité de réformer le service militaire. En raison d’une importante mobilisation de ses membres et d’une bonne communication autour de leurs revendications, elles ont obtenu partiellement satisfaction avec l’adoption d’une loi plus précise que la précédente sur les conditions d’exemption ou de sursis de service. Cependant, ces réformes ne descendent pas au niveau de l’armée en raison de la méconnaissance et le non-respect des autorités militaires des textes législatifs et de la poursuite des cas de violences dans les casernes.

 

En 1994, puis en 2000, les guerres en Tchétchénie deviennent un théâtre d’action pour le Comité, et participent à sa popularisation à travers toute la Russie, mais aussi à travers le monde, qui s’émeut du sort des conscrits et de ces mères à la recherche de leurs fils disparus. La guerre de Tchétchénie de 1994 emmène aux fronts de jeunes conscrits russes effectuant leur service militaire, recrutés pour participer à cette opération militaire, en échange d’une promesse d’argent et de démobilisation anticipée. Quelques semaines après leur appel, les troupes devront attaquer Grozny où des milliers de soldats russes trouveront la mort. La Russie fera la guerre pendant deux ans, alimentant sans cesse ses forces armées par des jeunes conscrits sans déclarer officiellement ces différentes offensives comme des actes de guerre. Ainsi, Anna Colin Lebedev souligne que « des milliers de jeunes hommes brisés se reconvertiront parfois dans le secteur paramilitaire ou dans les cercles criminels et alimenteront un climat de violence et de tension palpable en Russie tout au long des années 2000 »[17]. L’histoire se répète en Tchétchénie en 2000 : des conscrits sont à nouveau envoyés, cette fois-ci au nom d’une « opération antiterroriste ». Dans cette deuxième guerre, l’armée commence à masquer les pertes humaines, en faisant par exemple transiter les corps par des morgues civiles. Face à l’inertie de l’armée russe, les mères des soldats tombés en Tchétchénie s’occupent de l’identification des corps et prennent en charge les funérailles. En effet, en Tchétchénie et dans des villes du Nord-Ouest du pays, parents et proches ont raconté avoir enterré un fils soldat parti discrètement en Ukraine et revenu dans un cercueil. Des transferts des corps sont organisés par le Ministère de la Défense : les papiers accompagnant les corps des soldats décédés précisent certes la mort par balle mais ne mentionnent pas le lieu du décès. Ce manque d’information, notamment sur le retour de camions militaires spécialisés dans le transport de soldats tués,  inquiète les mères de soldats, sans nouvelles et redoutant le pire. « Nous avons été les premières à dire que la guerre en Tchétchénie était illégale, anticonstitutionnelle » a déclaré Ludmila Obraczova, membre du Comité des mères de soldats russes, dans un discours prononcé au Sommet des Sept Résistances tenu à Lyon le 27 juin 1996, parallèlement à la réunion du G-7 : « à ce jour [juin 1996 soit près 2 ans après le début du conflit], il n’y a pas de données officielles sur le nombre des morts, prisonniers ou disparus, que ce soit côté russe ou côté tchéchène. Nous sommes pratiquement la seule organisation à récolter ces données et à les diffuser aux médias. Nous pensons qu’au moins dix mille appelés sont morts en Tchétchénie. On compte aussi sept cents disparus ».

 

En 2004, évoquant «le prix effrayant de dix ans de guerre en Tchétchénie », le Comité a voulu se « poser en représentants du peuple, non officiels, parce qu’il est clair que ni le Kremlin ni nos politiques ne souhaitent de négociations… Les mères de soldats s’adressent à ceux qui d’entre vous veulent réellement le bien du peuple tchétchène avec la proposition de donner une chance à la paix ».[18] Valentina Melnikova, présidente du Comité des Mères de Soldats, proposait ainsi de discuter avec une des parties en guerre pour prendre connaissance de leur volonté, de leur possibilité et de leurs propositions afin d’arrêter les actions militaires, pour ensuite voir quels étaient les compromis possibles avec Moscou. Cette démarche a été soutenue par l’association russe de droits de l’Homme Mémorial, qui estimait que le Comité aidait « l’Etat à faire un pas que la société russe est prête à faire ». Après avoir essuyé un refus de la part du gouvernement belge, la rencontre a néanmoins pu avoir lieu à Londres en février 2005 pour aboutir à un texte commun demandant l’arrêt des opérations militaires, la démilitarisation, la présence de force internationale de maintien de la paix et le retour à l’accord politique de mai 1997 en vue d’élection démocratique sous contrôle international. Le texte affirme que seul un processus de paix peut répondre au conflit et condamne les violations des droits de l’Homme et les actes terroristes. Ainsi, d’un rôle de recherche de soldats disparus et de soutien aux familles, le Comité des Mères de Soldats gagnent progressivement du terrain. Leurs tâches se densifient et elles recueillent à la fois les griefs des mères de famille à la recherche de leurs fils disparus, cherchant à défendre leurs enfants victimes de violences physiques et/ou psychologiques dans l’armée, mais jouent également un rôle d’éducation et de diffusion des textes législatifs relatifs (décrets et lois fédérales) au droit des soldats.

 

Le dossier des soldats disparus en Ukraine

 

Officiellement, aucun soldat des forces régulières russes ne participe à la contre-offensive victorieuse des séparatistes dans les régions sud-est de l’Ukraine. « En fait, depuis le début, on peut estimer que jusqu’à 15 000 soldats ont été envoyés », assure Valentina Melnikova. « Pour le moment, nous ne recevons encore pas beaucoup d’appels de mères ou d’épouses. Mais on sait combien il y a de troupes dans chaque base militaire, et combien d’hommes manquent à l’appel… », a confié au Monde[19] Valentina Melnikova pour justifier son évaluation. Selon elle, plus de 7 000 soldats russes combattent aujourd’hui en Ukraine, bien plus que l’estimation de 1 000 hommes donnée par l’OTAN.

 

La culture du « non-dit » entoure les événements en Ukraine. A tel point que certains soldats sont enterrés dans le secret: à Pskov, dans le nord de la Russie, des parachutistes ont des tombes sans nom et sans photo, selon Le Monde[20]. L’armée en dit le moins possible aux familles sur les circonstances de leur mort, les journalistes sont menacés lorsqu’ils tentent d’enquêter.[21] Officiellement, « ces informations sont actuellement vérifiées par les autorités compétentes », avait déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Certaines familles avaient reçu des messages de leurs fils disant qu’ils étaient en Ukraine. Les Comités des Mères de soldats se sont alors adressés aux autorités pour avoir des nouvelles des soldats disparus. Par exemple, la présidente du Comité de Saint-Pétersbourg, Ella Poliakova, membre aussi du « Conseil pour le développement de la société civile et des droits de l’Homme », a demandé une enquête à propos de neuf engagés dans l’infanterie originaire du Daguestan, officiellement morts en manœuvre début août dans la région de Rostov.  Avec le soutien d’un autre membre de ce Conseil, Serguei Krivienkov, elle s’est adressée directement au « comité d’enquête », l’organe chargé des affaires sensibles. « Pour ces comités, 10 000 à 15 000 soldats russes ont été envoyés en Ukraine, en général contre leur gré. C’est-à-dire que leur contrat n’indique pas qu’ils doivent aller combattre à l’étranger. Au dernier moment, on leur demande de mettre des tenues de camouflage sans signe distinctif, et ils découvrent qu’ils sont en Ukraine quand ils se font tirer dessus. Certains y seraient allés pour de l’argent, comme les Daguestanais, qui auraient touché 220 000 roubles soit 4 000 euros ».[22] En retour, face à l’activisme du Comité sur le dossier ukrainien, le Comité des mères de soldats de Saint-Pétersbourg a été déclaré par le ministère de la Justice d’« agent de l’étranger ».  Les membres d’associations et plus généralement les acteurs de la société civile reçoivent parfois le qualificatif d’ « agents étrangers », créé par une loi de 2012, au motif qu’une partie des financements de leurs organisations provient de donateurs non russes.  La plupart des ONG ont été intégrées à cette catégorie par les autorités russes et ces associations ont ensuite à entreprendre des procédures juridiques longues pour en sortir. Or, dans le cas du Comité des Mères de Soldats Russes, l’ONG ne reçoit pas de fonds étrangers et est très respecté au sein de la société russe. La difficulté majeure réside dans le fait de définir ces « activités politiques ». Pendant les guerres en Tchétchénie, le Comité avait été une rare voix indépendante à dénoncer par les faits les discours du Kremlin. « Depuis, ils ont peur de nous… », indique Valentina Melnikova[23]. La loi sur « les agents étrangers » est le pilier d’une série de lois répressives adoptées depuis le retour de Vladimir Poutine à la présidence en 2012. Prises dans leur ensemble, ces lois témoignent de la perception des autorités, qui considèrent la société civile comme une « cinquième colonne » résolue à « ébranler l’Etat », explique Alexandre Daniel, éminent historien au sein de l’ONG Memorial’s St. Petersburg Centre for Historical Research : « en ce moment, la vision du monde officielle se dessine. Elle se fonde sur le concept d’un État toujours fort et entouré d’ennemis – qui opèrent par l’intermédiaire d’ennemis de l’intérieur »[24]. Cet état d’esprit s’est particulièrement renforcé depuis mars 2014, après l’intervention militaire russe en Crimée et le conflit armé dans l’est de l’Ukraine.


AUTEURS

Le Club du Millénaire :

Cécile Calvet, Lara Deger

Comité de relecture :

Pierre Jérémie, Sarah Laffon


SOURCES

Sources :

 

[1] Fondé à la fin des années 1980, l’Union des comités des mères de soldats de Moscou défend les droits des conscrits dans l’armée russe. Plus particulièrement reconnu depuis la guerre de Tchétchénie pour son rôle actif dans la défense des soldats russes et son discours progressiste sur ce sujet, le Comité des Mères de soldats russes a de nouveau critiqué le discours officiel de Moscou en apportant des preuves de la présence de troupes russes à l’Est de l’Ukraine.

[2] Le choix d’une couleur fait alors écho aux révolutions dites « de couleur » de Géorgie, Ukraine, Kirghizstan : Vassilieva Maria, «Russia protest: White ribbon emerges as rallying symbol» , BBC Russian, 9 octobre 2011, http://www.bbc.com/news/world-europe-16097709.

[3] Cécile VAISSIÉ, « Etouffement et renaissance des oppositions en Russie (2000-2010) », Hérodote, 2010/3 n°138, p.109-126

[4] Ayant pour seuls leviers les meetings, les manifestations et les actions publiques, il a très vite atteint ses limites. Un bond qualitatif et structurel était indispensable. Mais, pour accueillir et canaliser l’énergie de la protestation, il n’y avait en Russie aucun parti suffisamment fort, influent et indépendant.

[5] Le « Parti du Progrès » a été fondé en février 2014 suivant une ligne centre-libérale et anti-corruption. Il est le direct hérité du Parti de « L’Alliance des Peuples », lui-même fondé le 15 décembre 2012.

[6] « Russie Juste » a été constitué le 28 octobre 2006 comme une fusion de « Rodina » (Patrie), du « Parti russe de la Vie » et du « Parti russe des retraités ».

[7] Chambre basse du Parlement

[8] « Vyderžki iz stenografičeskogo otčëta o vstreče s rukovodstvom političeskih partij, ne predstavlennyh v Gosudarstvennoj Dume (Pravoe delo, Âbloko, Patrioty Rossii) » (Extrait du sténogramme de la rencontre avec les dirigeants des partis politiques non représentés à la Douma d’État, Pravoe Delo (Juste Cause), Iabloko, Patriotes de Russie), 11 juin 2009, Barvikha : http://www.kremlin.ru/appears/2009/06/11/1736_type63376_217678.shtml.

[9] Sur la fluidité des relations politico-sociales pendant la perestroïka, Françoise DAUCE recommande de voir l’essai de  Carole SIGMAN, Clubs politiques et perestroïka en Russie, « Subversion sans dissidence », Paris, Karthala, 2009

[10] Plus globalement, cela est une tendance qui va plus loin que la Russie dans le bloc de l’est : les dissidences en Pologne ou ailleurs n’avaient en général que rarement un format revendiqué de parti. Cela vient aussi du discrédit du concept de parti en politique au regard du fonctionnement du parti unique.

[11] Françoise DAUCÉ, « Associations et partis en Russie : les (en) jeux de la différenciation », Critique internationale, 2012/2 N° 55, p.23

[12] Pour une présentation de ces différentes formations, voir Françoise DAUCE, « Libéraux et démocrates : un compromis impossible ? », mai 2006 (http://www.ceri-sciencespo.com/archive/mai06/artfd.pdf).

[13] Association ou « organisation sociale » (obchtchestvennye organizacii) de Défense des Droits de l’Homme et de Mémoire relative aux victimes des goulags: au fil des ans, Memorial a recueilli des millions de documents et témoignages sur les crimes commis au nom de l’URSS.

[14] Anna COLIN LEBEDEV, Le cœur politique des mères, Analyse du mouvement des mères de soldats en Russie, Éditions EHESS, 2013

[15] Cette dernière demande étant liée au conflit dans le Haut Karabakh entre Arménie et Azerbaïdjan, où l’armée soviétique faisait intervenir des conscrits.

[16] ibid., p.23

[17] Anna COLIN LEBEDEV, « Le Soldat Ivan que personne ne sauvera », Blog Médiapart « À l’Est assurément », 29/08/2014 < http://blogs.mediapart.fr/blog/anna-colin-lebedev/290814/le-soldat-ivan-que-personne-ne-sauvera >

[18] Xavier GUIGUE, « Une initiative des mères de soldats russes pour sortir du conflit tchétchène », Irenees.net, décembre 2004 < http://www.irenees.net/bdf_fiche-experience-145_fr.html >

[19] Hélène PRUDHON, « Les mères de soldats russes démentent par les faits la version du Kremlin », Le Monde, 3 septembre 2014 : http://www.lemonde.fr/international/article/2014/09/03/les-meres-de-soldats-russes-dementent-par-les-faits-la-version-du-kremlin_4480876_3210.html#BFhdpeLXDwaX7XPj.99.

[20] VITKINE Benoît, « Les éléments qui accréditent l’intervention de l’armée russe en Ukraine », Le Monde, 28 aout 2014 : http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2014/08/28/des-soldats-russes-combattent-l-armee-ukrainienne-dans-l-est-du-pays_4478006_3210.html.

[21] « Ainsi, les journalistes qui se sont rendus au cimetière de Vybouty ont été agressés et menacés. On leur a fait comprendre qu’ils avaient intérêt à ne pas se mêler de cette affaire. Même chose pour ceux qui ont voulu enquêter à l’hôpital militaire de Saint-Pétersbourg et Rostov, où d’après les Comités de mères de soldats, il y a de nombreux soldats blessés», citation tirée de l’article de Muriel POMPONNE, « Soldats russes en Ukraine : de la propagande à l’information », RFI, 19.09.2014 : http://www.rfi.fr/hebdo/20140919-russie-ukraine-soldats-russes-propagande-information-femmes-television.

[22] Informations et citation tirées de l’article de POMPONNE Muriel, « Soldats russes en Ukraine : de la propagande à l’information », RFI, 19 septembre 2014 : http://www.rfi.fr/hebdo/20140919-russie-ukraine-soldats-russes-propagande-information-femmes-television.

[23] PRUDHON Hélène, « Les mères de soldats russes démentent par les faits la version du Kremlin », Le Monde, 03.09.2014

<http://www.lemonde.fr/international/article/2014/09/03/les-meres-de-soldats-russes-dementent-par-les-faits-la-version-du-kremlin_4480876_3210.html#BFhdpeLXDwaX7XPj.99>

[24] Citation tirée de l’article de AMNESTY INTERNATIONAL, « Une guerre juridique en Russie envers les ONG, qualifiées d’ ‘agents étrangers’ », Médiapart, 09.10.2014 <http://blogs.mediapart.fr/blog/amnesty-international/091014/une-guerre-juridique-en-russie-envers-les-ong-qualifiees-dagent-etranger>