Violence et narcotrafic : influence sur la société et réactions étatiques


(Crédit photo : Arias/AP pour La Croix)

Cinquante mille morts : tel est le bilan humain du narcotrafic au Mexique depuis l’arrivée au pouvoir de  Felipe Calderón, en 2006. Ce chiffre, auquel on pourrait ajouter ceux de nombreux autres pays de la région, est révélateur du lien entre violence et narcotrafic en Amérique du Sud. Dès lors, comment expliquer les difficultés des autorités à lutter contre le narcotrafic ? Cette question en entraîne une autre : comment comprendre l’intensité de la violence autour du narcotrafic ? Celle-ci semble se diffuser dans la société, où naît une véritable « narcoculture ». L’analyse des enjeux sociétaux du narcotrafic nécessite de revenir sur l’histoire des cartels. De plus la violence liée au narcotrafic trouve son origine dans un certain nombre de facteurs spécifiques à la région.

Historique et typologie des cartels

Le terme « cartel » est né dans les années 1980. Créé par la justice américaine afin d’envisager de manière uniforme les activités liées au narcotrafic en Amérique du Sud, il n’a pas de définition précise[1]. Elie Tenenbaum distingue trois générations de narcotrafiquants[2]. La première a vu le jour en Colombie, à Medellin (d’où l’appellation de « cartel de Medellin ») au milieu des années 1970. Le chef (ou capo) du cartel de Medellin, Pablo Escobar, est sans doute le plus célèbre narcotrafiquant de cette époque. Issu d’un milieu populaire, faiblement éduqué, il veut faire du trafic de drogue une entreprise « ouverte et participative »[3]. Cultivant une image paternaliste par le financement de logements et d’équipements collectifs (tel le zoo de l’Hacienda Napoles), recrutant dans les quartiers auprès de la jeunesse défavorisée, Escobar acquiert pour certains l’image d’un « Robin des bois ». Il tentera d’ailleurs d’entrer en politique et créera le mouvement « Medellin sans bidonville ». Escobar se distingue également par une extrême violence, qui se traduit par le meurtre de nombreux hommes politiques et journalistes et finira par se retourner contre lui. Son assassinat par un groupe paramilitaire en 1993 signe la fin du cartel de Medellin. 

 Egalement née dans les années 1970, la deuxième génération de narcotrafiquants est rassemblée au sein du « cartel de Cali ». Avant même la mort d’Escobar, ce dernier avait choisi une approche de la violence différente du cartel de Medellin. Si le cartel de Cali « n’est pas fondamentalement moins violent que celui de Medellin (…), sa stratégie d’implantation et de développement a longtemps réservé à la violence des objectifs ciblés au lieu d’en faire le vecteur central d’assise et de maintien de son pouvoir »[4]. Les barons du cartel de Cali confirment cette stratégie après la mort d’Escobar. Afin de ne pas subir le même sort, ils décident d’abandonner la violence et lui préfèrent une stratégie de corruption généralisée. Le cartel forme ainsi des alliances avec des élites régionales, tant d’un point de vue informel, en assistant à des soirées mondaines, que légalement en réalisant des investissements économiques.

 Dans les années 1980, l’arrivée des guérillas modifie l’équilibre existant. En 1981 la guérilla M-19 enlève Marta Nieves Ochoa, une des filles du clan Ochoa, grande famille du cartel de Medellin, amenant les capos des différents cartels à s’allier pour défendre leurs intérêts. Ils créent le MAS (Muerte A Secuestradores : « Mort aux kidnappeurs ») qui s’attire rapidement les faveurs des pouvoirs publics : Etat et narcotrafiquants trouvent un intérêt commun dans la lutte contre la guérilla[5]. Un tel rapprochement souligne la porosité des frontières entre légal et illégal, pouvoirs publics et cartels, que renforce une corruption endémique. A la lutte des trafiquants et de l’Etat colombien contre la guérilla s’ajoute une guerre entre cartels à partir de 1988, ainsi qu’un affrontement entre les cartels et les guérillas des FARC[6] entre 1987 et 1989[7]. La lutte contre les cartels, et leur démantèlement au début des années 1990, se fait surtout au profit des FARC. Ces dernières se lancent dans le trafic de cocaïne au cours des années 1980 et s’associent pour ce faire avec les cartels : les narcotrafiquants produisent la cocaïne sur les territoires dont les FARC ont le contrôle, en échange d’une participation aux bénéfices. A partir des années 1990, la guérilla s’implique et participe directement au trafic de drogue[8].

 Il n’existe plus aujourd’hui de cartels en Colombie aussi importants que dans les années 1980. On dénombre de nombreux petits producteurs, et les « narcotrafiquants sont plus prudents, moins exhibitionnistes, plus éloignés des politiques et des élites »[9]. Le trafic de drogue s’est « démocratisé » et connaît une division du processus productif : on observe en Colombie une fragmentation des activités entre production, conception, etc. Les activités les plus dangereuses comme le transport vers les Etats-Unis sont aujourd’hui concédées, principalement, à des organisations mexicaines. Les cartels mexicains ont émergé au moment où ceux de Colombie disparaissaient sous l’effet des répressions. Ils constituent une troisième génération de narcotrafiquants, qui allie « la force coercitive du premier et le financement souterrain du second, le tout fondé sur une hyper adaptation à la mondialisation »[10].

 Ces cartels se caractérisent tout d’abord par une violence extrême qui repose, à la différence de la première génération, sur une militarisation et une professionnalisation. Les narcotrafiquants de dernière génération sont parfois d’anciens militaires qui ont déserté leur unité suite à la faiblesse des soldes. Ils sont souvent d’anciens membres des Grupos Aeromóviles de Fuerzas Especiales (GAFES), unités d’élite destinées à combattre les terroristes (c’est-à-dire réprimer l’insurrection de l’Ejército Zapatista de Liberación Nacional, l’Armée zapatiste de libération nationale, au milieu des années 1990). Ces anciens militaires et autres policiers corrompus se regroupent sous le nom de Zetas au début des années 2000. D’abord sous la coupe d’un cartel (le cartel du Golfe), ils deviennent vite indépendants. Mais se produit alors un phénomène que Tenenbaum qualifie de « zétanisation » : l’importation des techniques de combat militaire dans la guerre des gangs, forçant les autres cartels à s’adapter pour y répondre. L’arrivée des Zetas sur le marché des cartels initie une escalade dans la violence, renforcée par l’acquisition d’armes lourdes (armes antichars, explosifs brisants, etc.), voire d’hélicoptères ou de sous-marins grâce aux profits du trafic de drogues et des enlèvements. Appuyé par la professionnalisation et la militarisation des activités criminelles, cet accroissement extrême de la violence est propre aux cartels de troisième génération. 

 La seconde caractéristique de ces organisations est qu’elles ne sont pas seulement spécialisées dans « la production et la commercialisation de biens et services illégaux »[11]. Elles ressemblent davantage à des mafias italiennes, impliquées à tous les échelons de la vie sociale et usant de leur influence dans l’économie (trafics divers, racket de commerçants) comme dans l’éducation et les carrières professionnelles[12]. Cette « hyper adaptation à la mondialisation » est directement perceptible dans la diversification des activités des cartels, qui se lancent notamment dans l’enlèvement de clandestins issus d’Etats d’Amérique latine et cherchant à atteindre les Etats-Unis. L’émergence de ce phénomène peut s’expliquer par la volonté des cartels de diversifier leurs sources de revenus, par la demande de rançons aux familles des clandestins enlevés. Le Président Mexicain Calderon privilégiant la lutte contre le trafic de drogue, les « narcos » s’adaptent et se rabattent en partie sur l’enlèvement de clandestins. La Commission nationale des droits de l’homme du Mexique estime ainsi que 10 000 d’entre eux ont été enlevés en 6 mois [13].

 L’influence du narcotrafic sur la société : l’émergence d’une « narcoculture »

 L’apparition d’une « narcoculture » constitue une caractéristique inédite des cartels de troisième génération. Issue des narcotrafiquants, cette culture s’est étendue à une grande partie de la jeunesse mexicaine et étasunienne (dans les villes frontalières avec le Mexique). Elle semble se confondre avec une culture « jeune », la plupart des narcotrafiquants étant de jeunes hommes. On peut aussi qualifier cette narcoculture de contre-culture criminelle, qui s’exprime dans de nombreux domaines : musical, cinématographique, architectural et même religieux. Dans le domaine artistique, la musique, le cinéma et les jeux vidéo[14] reflètent l’influence croissante des « narcos » dans la culture mexicaine. En témoigne l’apparition au Mexique des narcocorridos, chansons à la gloire des trafiquants de drogue. Les corridos existent depuis les années 1910 (au moment de la Révolution mexicaine), comme le rappelle Guillermo Benares, chercheur au Centre des hautes études pédagogiques de Monterrey :

« Ce sont des chansons qui racontent des histoires de tous les jours dans la tradition des troubadours. Elles s’inspirent de la vie des gens. D’abord celle des révolutionnaires, puis, à partir de 1925, celle des « tequileros », les cow-boys qui menaient les troupeaux aux Etats-Unis et qui sont devenus contrebandiers d’alcool durant la Prohibition. Les régions où l’on appréciait les corridos étaient celles qui trafiquaient. Alors, forcément, les deux se sont mariés. Après la tequila est venu le temps de la marijuana dans les années 60 et, à partir de 1970, celui du trafic de cocaïne. Depuis la fin des années 90 et l’avènement des cartels de la drogue, les narcocorridos ont explosé et représentent aujourd’hui 80 % de la production musicale »[15].

Les plus célèbres de ces groupes sont Los Tigres del Norte ou encore Los Tucanes de Tijuana. On peut les comparer au gangsta rap aux Etats Unis dans la mesure où ces deux courants musicaux font l’apologie des criminels. Par ailleurs, si les narcocorridos s’exportent du côté étasunien de la frontière, ils sont également écoutés dans d’autres pays d’Amérique latine (Guatemala, Honduras, etc.). Ce succès n’est pas du goût des autorités mexicaines, qui dénoncent la promotion par les narcocorridos d’un mode de vie fondé sur l’ultraviolence et l’étalage de richesse[16]. Les trafiquants profitent d’ailleurs de ces chansons pour narguer la police. Le PAN (Partido Acción Nacional, Parti Action Nationale, à droite de l’échiquier politique et actuellement au pouvoir) a donc décidé d’interdire ces chansons et d’emprisonner les chanteurs. En mai 2011 un décret interdisant de passer des narcocorridos dans les lieux publics a été signé[17]. On sait que les chanteurs de narcocorridos sont souvent proches des trafiquants de drogue, au point de jouer dans leurs fêtes privées[18]. Pour les moins fortunés qui n’ont pas les moyens de payer un groupe, les narcocorridos prolifèrent aussi dans les boites de nuit des deux côtés de la frontière américano-mexicaine.

Les chanteurs de narcocorridos ne sont pas les seuls à entretenir des liens avec les milieux criminels. Les acteurs vedettes de films à la gloire des narcos entretiennent des relations ambiguës avec leurs modèles, au point de parfois se retrouver victimes de la guerre des gangs. Comme chaque genre de films, le « narco-cinéma » a ses classiques, (notamment La Camioneta gris, réalisé en 1990), ses vedettes et ses codes (ultraviolence, policiers corrompus). On estime que les recettes de ce commerce servent à corrompre certains policiers[19]. Shaul Schwarz, photographe israélien ayant travaillé sur la culture narco, rappelle d’ailleurs que le tournage de ces films a parfois lieu dans les villas mêmes des trafiquants. A ses yeux les « narcos sont fiers d’ouvrir les portes de leur « maison de fête » à ces sociétés de production, pour pouvoir ensuite regarder le film avec leurs amis et dire « voyez, ça se passe chez moi ! » »[20]. L’existence d’une narcoculture se retrouve aussi dans le domaine architectural ou vestimentaire. Si les maisons des « narcos » (achetées grâce à l’argent de la drogue) ne révèlent rien de très iconoclaste d’un point de vue architectural, elles sont néanmoins symptomatiques de la volonté des trafiquants d’exposer leur réussite, qui se manifeste par l’utilisation d’un style très « kitsch » et clinquant. La narcoculture se traduit également par des modes vestimentaires spécifiques.

Au-delà de l’aspect artistique, elle s’étend même au domaine religieux. Présente sur les écrans, sur les radios, la narcoculture touche jusqu’à la sphère intime de certains Mexicains, qui se traduit par un culte rendu à la Santa Muerte, protectrice de la mort, et à Santa Jesus Malverde, le patron des « narcos » (bandit de grand chemin pendu en 1909). Pour Shaul Schwarz, « même les narcos les plus redoutés ont vraiment peur de la Santa Muerte »[21]. Comment expliquer un tel culte ? Si les Mexicains sont un peuple empreint de religion chrétienne, un syncrétisme s’est opéré avec certains cultes indigènes. La religiosité narco s’inscrit dans un processus global d’hybridation des religions[22], les « saints narcos » n’étant d’ailleurs reconnus ni par l’Eglise catholique ni par le gouvernement mexicain, qui tente au contraire d’empêcher la prolifération des autels qui leur sont dédiés[23]. Leur culte n’est pas pour autant l’apanage des seuls « narcos ». Un des adeptes de la Santa Muerte n’est autre que le ministre mexicain de la Sécurité publique, qui lui demande de le protéger contre les trafiquants de drogue. Cette « personnification de la mort pour des populations qui vivent les risques au quotidien renvoie à la nécessité de pouvoir négocier tous les jours avec la mort » [24] et correspond au phénomène de « religion de crise » observé par l’anthropologie. Pour les narcotrafiquants, la figure de la Santa Muerte n’incarne pas pour autant la fragilité de la vie mais l’existence dans son ensemble. Des prisonniers s’adressent ainsi à elle pour obtenir des réductions de peine. Il ne semble pas que cette culture puisse s’apparenter à un soft power (selon la terminologie de Joseph Nye, outil d’influence culturelle) consciemment mise en place par les trafiquants. Il s’agit plutôt d’une forme de « Narco Way of Life » (par analogie avec l’American Way of Life) qui aurait essaimé et se serait diffusé des deux côtés de la frontière américano-mexicaine[25].

L’extension de cette culture est-elle pour autant intimement liée au trafic de drogue, accroissant les risques de basculer dans la criminalité ? S’il est clair que la prolifération d’une culture à la gloire des narcotrafiquants risque d’amener de nombreux jeunes à s’enrôler dans un gang, on peut supposer que la majorité de ceux qui habitent le long de la frontière américano-mexicaine adoptent quelques aspects de cette narcoculture sans pour autant être eux-mêmes trafiquants. Ce débat renvoie, tout du moins pour le cinéma et la musique narco, aux deux thèses antinomiques de la catharsis et du mimesis. Pour les tenants de la première thèse, la diffusion de films et de chansons à la gloire des « narcos » permettra au spectateur (ou à l’auditeur) de se libérer de ses pulsions, angoisses ou fantasmes en les vivant à travers le héros ou les situations représentées (ou écoutées) sous ses yeux (oreilles). Autrement dit le fait de vivre ces aventures de narcotrafiquants de manière imaginaire permettrait de ne pas les reproduire dans la réalité. A contrario, pour les tenants de la thèse du mimesis, voir ou écouter des films ou des chansons faisant l’apologie du narcotrafic conduira inévitablement le spectateur (consciemment ou pas) à reproduire ces comportements (i.e. aller s’enrôler dans un gang par exemple). Dans tous les cas, on ne peut nier que l’extension de cette culture a pour effet de banaliser la violence des « narcos », ce qui peut contribuer à son extension.

Expliquer le niveau de violence du narcotrafic

Au-delà de l’utilisation de l’ultraviolence à des fins psychologiques, à fin de créer un climat de terreur et d’intimidation, on peut s’interroger sur ses causes profondes. Gabriel Kessler note que la relation entre trafic et violence ne va pas de soi et que l’un des objectifs des organisations criminelles est de réduire cette violence. Il s’agit donc de chercher des éléments pouvant expliquer au contraire son escalade et son maintien à un tel niveau[26]. Le rôle catalyseur de la situation économique constitue un premier élément explicatif. Les situations de pauvreté, de travail informel, ou d’exclusion sociale sont propices à un tel phénomène[27] : pour Elena Azoala, conseillère du procureur général de la République mexicain, « les causes fondamentales de cette violence sont à associer aux énormes inégalités de la société »[28]. La faiblesse des institutions étatiques empêche par ailleurs l’instauration d’un véritable contrôle des comportements[29]. L’absence d’Etat de droit, c’est-à-dire d’Etat où chacun – gouvernants et gouvernés – est soumis au respect du droit, s’observe dans le comportement quotidien des individus (code de la route peu respecté, pots-de-vin, etc.). A cette configuration s’ajoute l’impuissance de l’institution judiciaire. Une étude du Cidac conclut que 96% des délits violents perpétrés entre 1996 et 2003 n’ont pas été traduits devant la justice[30]. En Colombie, la faiblesse de l’Etat est à lier aux contraintes géographiques, les éléments naturels, forêts ou montagnes, perturbant la communication. On observe une confiance moindre dans les institutions et une faible solidarité civile[31].

Certains avancent enfin l’hypothèse d’une violence culturelle trouvant ses racines dans la brutalité de l’histoire mexicaine, qui a connu trois siècles de colonisation espagnole, un siècle de dictature après l’indépendance, une révolution et 71 ans de régime autoritaire. Catherine Heau, professeur d’histoire à l’Ecole Nationale d’Anthropologie souligne ainsi qu’il n’y a jamais eu au Mexique « de distinction entre la police, la justice et les malfrats »[32]. Cette porosité est le signe que, comme en Colombie, il n’existe pas de « monopole de la violence physique légitime » qui serait exercé par un Etat souverain, ce qui constitue un facteur de diffusion de la violence au sein de la société[33]. Quelles réponses, étatiques ou non, régionales ou internationales, sont apportées à ce phénomène ?

Quelle lutte contre le narcotrafic ?

Une radicalisation des luttes nationales contre le narcotrafic 

Au niveau national cette lutte est réalisée à deux niveaux : elle peut se focaliser sur les productions agricoles et paysannes qui concernent directement la fabrication de la drogue. Elle peut également se concentrer sur les trafiquants d’Amérique latine. Des méthodes radicales sont utilisées dans la lutte contre les productions agricoles paysannes comme la destruction des plantations, qui signe l’arrêt de la production, ou la fumigation aérienne de substances chimiques, rendant impropre la production à la consommation. Des forces spéciales de la lutte anti-drogue, notamment en Bolivie, peuvent également opérer dans la jungle, où elles détruisent des laboratoires faisant macérer la coca dans l’essence pour produire de la cocaïne[34]. Le Pérou s’est particulièrement investi dans la lutte contre le trafic et a mis en œuvre plusieurs programmes de développement des cultures de remplacement à la coca. Ceux-ci visent à diversifier la production agricole du pays et assurer un travail ainsi qu’un salaire de subsistance aux producteurs agricoles. Il a également créé des programmes de prévention de la consommation de drogue afin de sensibiliser la population, souvent elle-même consommatrice de drogue. Outre la prévention des consommateurs et la lutte contre la production agricole destinée à la drogue, une véritable chasse aux narcotrafiquants a été lancée.

Plusieurs pays ont impulsé des politiques répressives mais aussi préventives. Des Etats fortement affectés par le narcotrafic comme le Salvador ou le Guatemala ont radicalisé leur système juridique avec le lancement d’une politique répressive à l’égard des « narcos », comme ce fut le cas en 2011 avec la politique de la Mano Dura (Main dure) lancée par le président guatémaltèque Otto Pérez Molina ainsi que par son homologue salvadorien. La loi salvadorienne prévoit ainsi que toute personne suspectée d’appartenir à un gang en raison de tatouages ou de fréquentations proches de gang, même sans la moindre preuve, risque jusqu’à douze ans d’emprisonnement. Parallèlement à cette loi sévère et critiquée par la population salvadorienne, une politique de Mano Amiga (Main amie) a été mise en place afin de favoriser la réinsertion des anciens membres de gangs[35].

Deux phénomènes laissent à penser que la lutte contre les « narcos » s’est radicalisée. De graves dérives sont nées de cette lutte contre les cartels de la drogue comme des tortures, des disparitions ou des exécutions extrajudiciaires. En novembre 2011, Human Rights Watch (HRW) publiait son rapport Neither Rights Nor Security : Killings, Torture, and Disappearances in Mexico’s ‘War on Drugs’ (« Ni droits ni sécurité : meurtres, tortures et disparitions au Mexique dans le cadre de la lutte anti-drogue ») qui concluait qu’au lieu de « réduire la violence, la guerre contre les narcotrafiquants du Mexique a provoqué un accroissement dramatique de la quantité d’assassinats, de tortures et autres abus de la part des forces de sécurité »[36]. Depuis la guerre déclarée à la drogue par le président mexicain Felipe Calderon, HRW estime avoir des preuves suffisantes de la culpabilité des forces de police mexicaines dans près de cent soixante-dix cas de torture, trente-neuf disparitions et vingt-quatre exécutions extrajudiciaires. Le ministère de la justice mexicain estime d’ailleurs que sur près de  quarante-cinq mille homicides commis depuis 2006, seuls vingt-deux auraient fait l’objet d’une condamnation des forces de police[37]. La lutte contre les cartels de la drogue a par ailleurs conduit à l’émergence de groupes paramilitaires, notamment au Mexique, extrêmement violents et tuant les membres des gangs, comme les Matazetas (tueurs de Zetas, en référence au cartel). Même si la lutte contre les cartels de la drogue est le principal objectif de ces Etats d’Amérique centrale et latine, la guerre contre les « narcos » n’a eu qu’un impact limité et s’est essentiellement traduite par une escalade de la violence[38].

Vers une sortie de l’imbroglio international ? 

La situation est complexe au niveau international, l’inefficacité de la lutte contre le narcotrafic s’expliquant en partie par le recul de l’interventionnisme nord-américain et le dépassement progressif des méthodes et de l’arsenal juridique. Les narcotrafiquants s’adaptent rapidement à certaines mesures prises à leur encontre. Ainsi, depuis que les « narcos » ont réalisé que leurs tatouages pouvaient mener à des arrestations plus ou moins arbitraires, certains cessent tout simplement de se faire tatouer ou se font retirer leurs tatouages. 

Le recul de l’interventionnisme américain dans la lutte contre le trafic de drogue en Amérique centrale est un coup dur porté à ces pays. Depuis les années 1980 et la guerre lancée par les Etats-Unis au narcotrafic, considéré comme l’ennemi numéro un de la sécurité nationale du pays du fait notamment de la proximité avec le Mexique, un service de police fédéral américain a été instauré. La majorité des consommateurs de drogue est située aux Etats-Unis, qui sont de fait particulièrement concernés par la lutte contre le narcotrafic. Selon la Drug Enforcement Administration (DEA), les trois cartels mexicains du Sinaloa-Juárez, de Golfe et de Tijuana contrôlent près des trois-quarts du marché des stupéfiants aux Etats-Unis[39]. La DEA opère sur quasiment l’ensemble du continent sud-américain, où elle doit veiller à l’application effective de la lutte contre les trafics de stupéfiants, en particulier contre les mafias américaines et le blanchiment des narcodollars dans les banques ou les paradis fiscaux[40]. La Bolivie n’est plus incluse dans cette politique, le Président Morales ayant expulsé en 2008 les agents de la DEA en les accusant d’espionnage politique. Cette décision a immédiatement bénéficié aux narcotrafiquants (en particulier aux producteurs de coca), qui ont eu les coudées franches au sein du pays. Cette affaire a eu d’importantes répercussions sur le budget de la lutte anti-drogue : le retrait des fonds américains a divisé par trois le budget destiné à la politique de lutte contre le trafic de drogue. L’échec de certaines opérations américaines leur vaut d’importantes critiques, ce qu’illustre l’opération Fast and Furious menée en juillet 2010. Initié par l’ATF, l’agence fédérale sur l’alcool, le tabac et les armes, ce programme consistait à faire passer deux mille armes de contrebande aux narcotrafiquants mexicains, pour les piéger en suivant la trace de ces armes. Celles-ci se sont rapidement dispersées dans la nature et deux cents d’entre elles ont été retrouvées ou utilisées sur des scènes de crimes[41].

L’arsenal juridique international ne parvient pas non plus à enrayer la progression du narcotrafic, malgré la signature de trois conventions internationales, ratifiées par les Etats d’Amérique centrale et les obligeant à respecter leurs engagements et à les transposer dans les législations internes. La première de ces conventions, datant de 1961 et ratifiée par 179 Etats au 1er novembre 2002 met en place une liste des stupéfiants (les principaux sont l’opium, la morphine, l’héroïne, la méthadone, la codéine, la cocaïne, et le cannabis). La seconde, datant de 1971 et ratifiée par près de 172 Etats, instaure une liste des substances psychotropes (ecstasy, LSD, amphétamines). Enfin, la convention de 1988 contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, ratifiée par 166 Etats, vient compléter cet arsenal juridique en prévoyant l’accroissement de la coopération internationale ainsi qu’un contrôle de vingt-trois substances indispensables à la fabrication illicite des stupéfiants, appelés « précurseurs chimiques »[42]. Les Etats ayant ratifié ces conventions doivent se doter d’institutions nationales de contrôle des drogues, d’une classification nationale des drogues afin de mieux les cibler. Ils restent néanmoins libres de déterminer comme ils l’entendent les règles pénales relatives à l’incrimination de la possession et du trafic de drogue, ainsi que les dispositifs de réduction des risques et de diminution de la demande. Ils doivent en revanche coopérer avec les institutions des Nations Unies, en particulier avec l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS), qui veille à la bonne application par les Etats de ces conventions internationales et remet des rapports d’évaluation des progrès constatés dans les Etats signataires. Dans son rapport de 2010, l’OICS s’est ainsi félicitée de la poursuite du Système d’Intégration de l’Amérique Centrale (SICA), moteur d’intégration régionale et facteur de coopération sur les menaces du trafic de drogue sur la sécurité, et notamment de son engagement à y investir neuf cent cinquante-trois millions de dollars. Il a d’ailleurs été rappelé dans le plan d’action issu du sommet extraordinaire des chefs d’Etat des pays membres du SICA à San Salvador de juillet 2010, la nécessité d’examiner le rôle des chefs de police nationale dans cette lutte, pour limiter la corruption[43].

En dépit de ces avancées dans la coopération internationale et régionale, les résultats concrets se font attendre. La Commission Mondiale sur la Politique des Drogues a néanmoins tenté de relancer le processus en juin 2011. Constitué de personnalités du monde entier (Koffi Annan, Mario Vargas Llosa, Paul Volcker, quatre anciens Présidents – le Brésilien Fernando Cardoso, le Mexicain Ernesto Zedillo, le Colombien César Gaviria et la Suissesse Ruth Dreifuss), cette organisation part du constat que « la guerre planétaire contre la drogue est un échec »[44]. Elle préconise donc une dépénalisation des drogues – une décriminalisation de l’usage simple et de la possession de la drogue, et une interdiction de la vente et de la production – et une légalisation du cannabis, c’est-à-dire une autorisation de la vente et de la consommation, via un contrôle de l’Etat sur la production voire la distribution. Outre cette proposition, la Commission veut réorienter la stratégie à mettre en œuvre, en révisant la politique actuelle de tolérance zéro lancée il y a près de quarante ans par le président américain Richard Nixon. Elle propose pour cela de réviser les conventions des Nations Unies sur les stupéfiants, avec l’objectif de déboucher sur un dialogue entre pays producteurs et pays consommateurs de drogues. Pour l’ancien Président brésilien Henrique Cardoso, la légalisation permettrait que « les quantités phénoménales d’argent destinées aujourd’hui à des politiques répressives soient utilisées dans des politiques préventives et de réhabilitation »[45].

Un combat perdu d’avance ?

En dépit des espoirs qu’a fait naître le rapport mondial sur les drogues, le combat contre le narcotrafic apparaît perdu d’avance pour plusieurs observateurs. Le trafic semble avoir pris le pas sur le pouvoir d’intervention national comme international des Etats, pour trois raisons. En premier lieu, face aux véritables « guerres » menées contre eux, les narcotrafiquants déplacent presque systématiquement leur production vers d’autres pays (notamment les pays d’Amérique Centrale pour le cas mexicain). Ce phénomène est qualifié d’« effet plumeau » (ou « effet cafard ») et semble empêcher toute désorganisation durable de la production. La réponse à ce déplacement permanent pourrait passer par une coopération et une coordination complète des Etats d’Amériques centrale et du Sud face à leur ennemi commun, mais elle est à ce jour inexistante. Les deux autres éléments expliquant cet échec doivent être cherchés dans le contexte socio-économiques de ces Etats d’une part, dans l’extension des pouvoirs politiques et économiques des narcotrafiquants d’autre part.

La complexité de la lutte contre la production et le trafic de drogue en Amérique Latine découle de plusieurs caractéristiques des pays d’Amérique latine. En l’absence d’autres types de production aussi lucratifs, la culture de la coca constitue d’abord la seule source stable de revenu pour les paysans. En Bolivie, les producteurs de coca (appelés cocalejos) perçoivent un revenu allant de deux cents à quatre cents euros par mois[46], alors que le salaire minimum bolivien s’élève à cinquante euros par mois. Cet écart s’explique par la forte demande de coca de la part des « narcos ». La suppression de ces productions agricoles diminuerait fortement le niveau de vie de ces populations. D’autre part certaines plantes cultivées font partie intégrante de la culture et de la tradition. Dans ces pays, comme l’a affirmé le président bolivien Evo Morales, « la coca n’est pas un poison pour l’homme »[47]. Elle est au contraire une plante sacrée à valeur mystique et est considérée comme une offrande à la déesse Pachamama. La coca constitue également un bien de consommation. Les cocalejos en mangent tous les jours car elle sert notamment de coupe-faim, de stimulant et permettrait de lutter contre certains maux comme le mal d’altitude dans les montagnes andines.

La pérennité du narcotrafic s’explique par le pouvoir économique mais aussi politique des trafiquants. Au sein du pouvoir politique, de véritables liens existent entre le pouvoir politique et les « narcos »[48]. A titre d’exemple le Général Salabria, l’un des hauts responsables de la lutte anti-drogue bolivienne, a été arrêté en raison de son appartenance à un cartel. Au Mexique la journaliste d’investigation Anabel Hernández[49] laisse entendre l’existence d’une collusion entre les autorités policières et le puissant cartel de Sinaloa[50], dirigé par Joaquin Guzman. Celui-ci figure d’ailleurs depuis 2009 dans le classement des personnes les plus influentes du monde établi par Forbes. Cette collusion est encore plus forte au niveau local : près de 70% des municipalités mexicaines seraient infiltrées par les « narcos ». Leur objectif n’est pas de prendre officiellement le pouvoir mais de garder les coudées franches en intimidant le pouvoir par la violence, au besoin par des actions spectaculaires propres à frapper les esprits. Le fils du président du Honduras Ricardo Maduro a ainsi été kidnappé puis assassiné en 1997. De même le ministre mexicain de l’Intérieur Francisco Blak, spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue, est mort dans un accident d’hélicoptère en novembre 2011 alors qu’un même accident était déjà survenu deux ans plus tôt avec son prédécesseur Juan Camilo[51]. Au-delà des responsables politiques, les forces de l’ordre entretiennent souvent des relations avec les cartels. Les difficultés inhérentes à leur profession sont résumées par la formule équivoque « plomb ou argent ? » et expliquent que la corruption, les massacres et le blanchiment d’argent soient monnaie courante. L’un des derniers exemples en date est le renvoi de deux cent quatre-vingt-quatre officiers supérieurs de mèche avec des narcotrafiquants, lors de l’opération coup de poing « Opération main propre » aux abords de Tijuana en 2007, durant laquelle près de quatre cent mille membres des autorités policières, à tous les échelons hiérarchiques, ont été placés sous surveillance. Dans le cadre de la lutte contre la corruption des fonctionnaires, d’autres opérations de même ampleur seront certainement réalisées à l’avenir[52].

Si le combat contre le narcotrafic constitue un échec, à l’échelle nationale comme internationale, les solutions pourraient venir d’acteurs non étatiques pour le cas mexicain. Les pressions de la société civile pourraient ainsi amener au pouvoir l’actuelle opposition, le Parti Revolucionario Institucional (Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI) à l’occasion des prochaines élections présidentielles prévues pour juillet 2012. Hector Moreno, politologue à l’Institut technologique de Monterrey, estime que contrairement au PAN discrédité, le PRI conserve « l’image d’une structure forte, garante de l’ordre public et capable de gouverner fermement »[53]. Les protestations d’une partie de la société civile ont été particulièrement relayées en juin 2011, avec la traversée du Mexique par une « Caravane de la paix »[54]. La seconde initiative susceptible de faire évoluer la situation est celle des « hacktivistes », en l’occurrence les Anonymous. Ces derniers, dont l’un des membres avait été kidnappé par des « narcos », ont réussi à faire plier les trafiquants, et obtenir la libération de leur camarade en menaçant de révéler certains liens entre le cartel des Zetas et le gouvernement. On comprend que leur caractère décentralisé, sans hiérarchie établie, est un atout pour ce groupe de pirates informatiques face aux menaces de représailles de la part des « narcos ». Reste à savoir si ce mouvement très indépendant s’engagera dans la durée pour devenir un véritable acteur de la lutte contre le narcotrafic[55].

L’efficacité de la lutte contre les « narcos » passera par l’articulation de réponses diverses, étatiques ou non, nationales, régionales et internationales. Les réponses à trouver résideront dans la constitution d’un nouveau modèle économique viable, assurant à chacun un niveau de vie convenable et un revenu décent, grâce à une intervention accrue de la puissance publique et la mise en œuvre d’une véritable politique agricole de diversification des cultures produites. Les Etats devront enfin résoudre les problèmes de gouvernance qui les minent de l’intérieur, écarter la corruption et promouvoir une plus grande transparence des institutions.

Club du Millénaire : Antoine Jeanneau, Louis Rossignol et Hugo Verger-Garnacho

Comité de rédaction : Louis-Marie Bureau et Sarah Laffon

 


[1] Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », in Culture et Conflits, Articles inédits, 2008, p.3.

Source : http://conflits.revues.org/index1061.html

[2] Elie Tenenbaum, « Mexique : Narco-insurrection au pays du serpent en plumes », DSI, 5 mai 2011.

Source : http://www.ifri.org/?page=detail_chercheur&id=3052&section=medias 

[3]  Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », art. Cit. p.4. 

[4]  Observatoire Géopolitique des drogues,  « Colombie : la stratégie du cartel de Cali », 1994.

   Source : http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-2007.html

[5] Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », art. Cit., p.7.

   Voir aussi : Daniel Pécaut « Trafic de drogue et violence en Colombie », 1991, in Culture et Conflit, p.7.

[6]  Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, Forces Armées Révolutionnaires de Colombie.

[7] Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », art. Cit., p.10.

[8]  Jean-Michel de Marchi, « L’histoire des Farc, de la révolution au trafic de drogue », Rue89, 3 juillet 2008.

   Source : http://www.rue89.com/explicateur/lhistoire-des-farc-de-la-revolution-au-trafic-de-drogue

[9]  Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », art. Cit., p.16.

[10]  Elie Tenenbaum, « Mexique : Narco-insurrection au pays du serpent en plumes », art. Cit.

[11] Adolfo Leon Atehortua Cruz, « Les organisations du trafic de drogue en Colombie », art. Cit., p.1

[12] Mark Stevenson, « Les cartels mexicains s’inspirent de la mafia italienne », Cyber Presse, 2009.

   Source : http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/200908/18/01-893674-les-cartels-mexicains-sinspirent-de-la-mafia-italienne.php

[13] S.A., « Enlèvements : le nouveau business des narcotrafiquants en Amérique latine », RFI,  2010.

   Source : http://www.rfi.fr/ameriques/20100903-enlevements-le-nouveau-business-narcotrafiquants-amerique-latine

[14] Aude Lasjaunias, « Un jeu vidéo sur le trafic de drogue fait polémique au Mexique », Le Monde, 11 mars 2011.

   Source : http://www.lepoint.fr/archives/article.php/209155

[16]  S.A., « Le Mexique veut interdire les Narcocorridos », Drogues News, blog des Inrockuptibles, 1er février 2010.

     Source : http://blogs.lesinrocks.com/droguesnews/2010/02/01/le-mexique-veut-interdire-les-narcocorridos

[17]  Emmanuelle Steels, « La guerre aux ‘narcocorridos’ », La Presse, 26 mai 2011.

[19] Louis LEPRON, « Mexique : Dans le narcocinéma, ‘la pute est une pute, le flic un flic’ », Rue89, 29 janvier 2012.

   Source : http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/01/29/le-narco-cinema-dealers-sexy-drogue-et-pick-228739

[20]  Priscille LAFITTE, « Shaul Schwarz : La Californie et le Mexique qui s’habillent en narco », France 24, 5 septembre 2011.

[22] Alma Guillermoprieto, « Mexican Saints », in National Geographic, mai 2010.

  Source : http://ngm.nationalgeographic.com/2010/05/mexico-saints/guillermoprieto-text/1 ;

   Leticia Pineda, « Le culte de la Sainte Mort sort de l’ombre au Mexique », Agence France-Presse, 10 février 2011.

  Source : http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/201102/10/01-4368921-le-culte-de-la-sainte-mort-sort-de-lombre-au-mexique.php)

[23] Raphaël Morán, « Santa Muerte, vierge des narcotrafiquants », Le Monde des religions, 17 janvier 2011.

    Source : http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/santa-muerte-vierge-des-narcotrafiquants-17-02-2011-1212_118.php

[24] Marion Du Bron, « Santa Muerte : A Mexico, un culte grandissant face à la catastrophe écologique », lepetitjournal.com, 30 novembre 2010.

   Source : http://www.lepetitjournal.com/societe-mexico/histoire-et-traditions-mexico/68820-santa-muerte-a-mexico-un-culte-grandissant-face-a-la-catastrophe-ecologique.html

[25] Priscille Lafitte, « Shaul Schwarz : La Californie et le Mexique qui s’habillent en narco »,  art. Cit.

[26] Gabriel Kessler, « Crime organisé et violences en Amérique latine et dans les Caraïbes », Diploweb, 4 juin 2010.

   Source : http://www.diploweb.com/Crime-organise-et-violences-en.html

[27]  Manuela Mesa, « Violence « Maras », « féminicide » et violence sociale en Amérique latine », Centre de formation pour le développement et la solidarité internationale, 2008.

Source : http://www.iteco.be/Maras-feminicide-et-violence

[28] Ibid.

[29] S.A., « Approche géographique et stratégique du Narcotrafic en Amérique du Sud et de ses acteurs comme facteur de violence dans le continent », Irenees.net, 2008.

   Source : http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-903.html

[30] Centro de Investigación para el Desarrollo, Asociación Civil, Centre de Recherche pour le Développement, Association Civile – think tank mexicain.

   Source : http://www.cidac.org/

[31] S.A., « Approche géographique et stratégique du Narcotrafic en Amérique du Sud et de ses acteurs comme facteur de violence dans le continent », art. Cit.

[32] Manuela Mesa, « Violence « Maras », « féminicide » et violence sociale en Amérique latine », art. Cit.

[33] Max Weber, Le savant et le politique, Paris, Plon, 1959 (1919) 

[34] Vincent Prado, « Bolivie, le nouvel eldorado des trafiquants de cocaïne», Reportage Enquête Exclusive (M6), Ligne de Front, diffusé le 6 novembre 2011.

[35]  Sophie Dubreil, Marine Verna, Joseph Brew, Albert Kimbembe, « Les nouvelles formes de violence sociale en Amérique Latine : les gangs comme facteurs de conflits et comme acteurs de violence », 2008.

    Source : http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-907.html ; Rapport de l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants 2005 pp. 55-56 concernant la Mano dura et la Mano amiga.

[36]  Human Rights Watch, “Neither rights nor security”, 9 novembre 2011.

    Source : http://www.hrw.org/reports/2011/11/09/neither-rights-nor-security-0

[37]  Catherine Gouëset, « Mexique : la sale guerre contre les narcos », L’Express, 16 novembre 2011.

     Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/mexique-la-sale-guerre-contre-les-narcos_1051385.html

[38]  Rapport Global Study on Homicide, p.25, figure 1.11 subregional trends in homicide suicide, the americas 1995-2010.  Source : http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/statistics/Homicide/Globa_study_on_homicide_2011_web.pdf

[39] Markus Schultze-Kraft, « Tout un continent sous l’emprise des narcos », Courrier International, 30 avril 2009.

  Source : http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/30/tout-un-continent-sous-l-emprise-des-narcos

[40] S.A., « La Drug Enforcement administration », Le Monde diplomatique, 2000.

   Source : http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/ameriquelatine/dea

[41] Darrell E. Issa, Charles E. Grassley, 26 juin 2011, « The Department of Justice’s Operation Fast and furious: fueling Cartel Violence », p.8.

  Source : http://www.washingtonpost.com/r/2010-2019/WashingtonPost/2011/07/26/National-Politics/Graphics/ATF%20Fast%20and%20Furious%20-%20Fueling%20Cartel%20Violence.pdf

[42]  « Les conventions sur les stupéfiants », 1961, 1971 et 1988.

     Source : http://www.idpc.net/fr/incidence%20politique/incidence-politique-mondiale/systeme-mondial-controle-drogues/conventions-onu

[43]   « Rapport Organe International de Contrôle des Stupéfiants 2010 sur l’avancée de la coopération », 2010.

   Source : http://www.incb.org/pdf/annual-report/2010/fr/AR_2010_F_Chapter_3_Americas.pdf

 [44] Rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues, juin 2011, p. 12, recommandation n°2.

[45] Adeline Journet, « Mario Vargas Llosa pour la légalisation des drogues en Amérique latine », L’Express, 4 mars 2011.

  Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/mario-vargas-llosa-pour-la-legalisation-des-drogues-en-amerique-latine_968874.html

[46] Vincent Prado, « Bolivie, le nouvel eldorado des trafiquants de cocaïne», op. cit.

[47]  Ibid.

[49] Annabel Hernandez ,“Los senores del narco”, Grijalbo Mondadori Sa, novembre 2010.

     Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/06/VIGNA/20726

[50] Delphine Saubaber et Léonore Mahieux, « Mexique : la fausse guerre anti-narcos », L’Express, 24 décembre 2010.

   Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/mexique-la-fausse-guerre-anti-narcos_947089.html

[51] S.A., « Les mystérieux assassinats des ministres de l’intérieur mexicains », Le Monde, 3 novembre 2011.

[52] Babette Stern, « Le Mexique tente une opération mains propres dans la police », Libération, 28 juin 2007.

    Source : http://www.liberation.fr/monde/0101106257-le-mexique-tente-une-operation-mains-propres-dans-la-police

[53] Frédéric Saliba, « Mexique : le possible retour de l’ancien parti hégémonique », Le Monde, 2 janvier 2012.

    Source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/01/02/mexique-le-possible-retour-de-l-ancien-parti-hegemonique_1622425_3222.html#ens_id=1527605

[54]Léonore Mahieux, « Le Mexique traversé par la caravane de la paix », L’Express, 16 juin 2011.

   Source : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/le-mexique-traverse-par-la-caravane-pour-la-paix_1002608.html

[55] S.A., « Anonymous, pirates du net aux multiples visages », Le Monde, 31 janvier 2012.

   Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/31/anonymous-pirates-du-net-aux-multiples-visages_1636744_3224.html

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Comments
4 Responses to “Violence et narcotrafic : influence sur la société et réactions étatiques”
  1. Criminologue dit :

    Votre article manque de distance critique et j’en suis désolé. Il oublie de traiter une question fondamentale : pourquoi combattre la drogue ET le narcotraffic lorsqu’on peut légaliser la drogue et combattre le narco-traffic ? (exemple du cas portugais). Tous ces morts sont-ils justifiés par l’impératif moral de combattre la drogue ? Au delà d’être le symptôme d’un échec de la politique répressive et de la fameuse « war on drugs », reste à se poser la question d’une légalisation de toutes les drogues sans exception : permettant un contrôle des produits sur toute la longueur, une vraie prévention contre l’usage abusif (l’usage de drogue existe de facto dans toutes les société, les autorités le savent d’ailleurs très bien, puisqu’elles consomment, c’est l’abus des merdes en circulation et la violence sous-terraine qui sont dangereux) et j’en passe. Se référer à l’article de la revue Vacarmes pour trouver des arguments encore plus convaincants. Le fait est que la politique de répression est un échec, du moins si on pense qu’elle sert à érradiquer le trafic de drogue. En revanche, si l’on reverse la focale et que l’on considère, comme le fait d’ailleurs Foucault, que le le système pénal a pour but le traitement différentiel des peines et des sanctions pour que certains élites puissent conserver une main mise sur certains trafics illégaux (le trafic de cocaïne sert plus les puissants que les pauvres en Europe, la faible pénalisation des détournements de fonds comparés au vol de mobylettes est un autre exemple) tout en conservant une façade morale permettant de criminaliser les délits des pauvres, alors on comprend bien mieux que la politique de répression n’échoue pas, elle réussit. L’article a plusieurs partis pris : celui d’une analyse de la situation postulant l’importance d’un combat contre la drogue (thèse qui reste à prouver, d’autant plus que l’équation drogue=trafic ou drogue=mort ne tient QUE parce qu’il n’y a pas de légalisation.). Ensuite, il me parait bien simple d’avoir recours à des grilles de lecture culturalistes alors que le trafic de drogue, créant des morts par règlements de compte et overdose existe lui-aussi en Europe, sauf à considérer que l’histoire européenne est moins violente que l’histoire de l’amérique du sud. Bref, je trouve votre article très peu objectif bien qu’il se donne les apparences de la scientificité.

  2. C. du Millénaire dit :

    Bonjour, tout d’abord merci pour votre lecture attentive. Permettez nous de réagir à plusieurs de vos critiques.
    Tout d’abord, nous ne parlons pas de ce qui devrait être, mais de ce qui est. L’intérêt est de questionner la politique de lutte actuelle.
    Ensuite, la violence est bien plus importante en Amérique du Sud qu’en Europe, concernant le trafic de drogue. Les situations ne sont pas comparables, tant du point de vue de l’ampleur du phénomène, que des organisations.
    Enfin, l’approche culturelle n’est pas une « grille de lecture », mais une étude des conséquences, et de la complexité du phénomène. L’intérêt est de donner des pistes de réflexion (c’est tout l’intérêt du Club du Millénaire) et non de donner des réponses, de manière péremptoire. Chaque argument est référencé, et, souvent, repris à des chercheurs qui ont, eux, une légitimité scientifique.
    Cordialement, et en espérant sincèrement que nos travaux ont su vous intéresser malgré tout

  3. Quentin dit :

    Rien de bien constructif, mais super article, qui m’a bien éclairé sur le pourquoi du comment, merci!

  4. Blandine dit :

    Merci ce superbe article qui m’a vraiment éclairée sur cette question. Contrairement à « Criminologue » je trouve que vous avez fait preuve de suffisamment de distance critique. Je ne pense pas que la légalisation soit susceptible d’améliorer les choses. En effet, qui dit que le contrôle de l’État sur les consommations sera plus grand ? Il est à craindre qu’en légalisant nous ne fassions qu’accroître la diffusion de ces drogues (qui même lorsqu’elles sont de bonne qualité sont nocives). Quant à trouver une solution pour enrayer la production il me semble qu’encourager les productions d’autres cultures est insuffisant, mais au moins c’est un début. Devenir narcotrafiquant me semble être un moyen d’ascension sociale ( dans toute société s’enrichir est un moyen assez sûr d’accession). Si d’autres « ascenseurs » existaient, cela changerait la donne. Mais je reconnais que j’ignore comment venir à bout de cette instabilité politique (un euphémisme !) qui fait obstacle à la résolution des inégalités profondes qui divisent ces États… À suivre ?

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