La médiation des Églises orthodoxes dans la crise russo-géorgienne

(Crédit photo : Georgian Patriarch Ilia II (left) and Russian Patriarch Kirill (right) during a meeting in Moscow on November 19. Photo from the Russian Orthodox Church’s website. )

L’Église orthodoxe géorgienne cultive une attitude critique vis-à-vis de Mikhaïl Saakachvili depuis le début de sa présidence, notamment par la voix de l’influent catholicos-patriarche Ilia II, à sa tête depuis 1977. Elle a émis d’importantes réserves sur la conduite des négociations et le style de politique menée par le président géorgien face à la Russie. Hors de la question russe, Ilia II est connu comme opposant au régime présidentiel géorgien, auquel il préfère une monarchie constitutionnelle. Respecté dans l’opinion publique russe, le catholicos-patriarche géorgien, russophone, a également essayé d’influencer celle-ci en appelant les Russes à mettre un terme aux violences. Son implication dans le conflit a été visible dès le début des combats, le 8 août, où il a déclaré que les accusations russes de conduite d’un génocide en Ossétie du sud par la Géorgie constituaient « un pur mensonge ».[1] C’est néanmoins à partir d’août et septembre 2008 que l’implication de l’Église orthodoxe géorgienne a pris toute son ampleur, une fois passé le pic de la crise. Le rôle des Églises géorgienne et russe dans le conflit de 2008 a été peu analysé si l’on se réfère aux nombreuses publications parues au sujet de ce conflit dans des médias généralistes, des revues scientifiques ou des ouvrages de « littérature grise ». Cet investissement apporte pourtant un éclairage nouveau sur cette crise : que serait-il advenu si les Églises n’avaient pas tenté d’apaiser la situation en août 2008, alors que la Géorgie était battue militairement et que les puissances internationales ne semblaient pas disposées à intervenir ?

Au niveau international la majorité des puissances européennes et nord-américaines n’ont, dans un premier temps, pas jugé cette médiation crédible. La perspective d’une résolution du conflit avec l’aide des responsables religieux a d’abord été négligée, l’Union européenne, alors présidée par la France ayant d’abord utilisé des méthodes diplomatiques plus classiques. Les stratégies des organisations internationales n’ont pas plus intégré l’Église géorgienne, par ignorance de son influence comme par choix. En revanche plusieurs organisations religieuses à dimension internationale ou à vocation internationaliste ont estimé que la résolution de la crise passerait par une implication accrue des acteurs religieux. C’est notamment le cas de l’Orthodox Peace Fellowship qui, dès le 13 août, a demandé aux gouvernements d’écouter les responsables religieux géorgiens et russes pour éviter la poursuite du conflit armé.[2] Cependant l’échec du cessez-le-feu et l’acmé de la crise, atteinte en septembre 2008, ont rendu attractive la perspective d’une participation des Églises orthodoxes. En effet, notamment depuis la médiation de Sant ‘Egidio au Mozambique, où la Communauté a utilisé avec succès un « mélange unique en son genre d’activités pacificatrices gouvernementales et non-gouvernementales »[3], la médiation religieuse est perçue favorablement en Europe[4]. Quelques mois après les combats et devant l’enlisement des négociations, Jean Faure, co-rapporteur de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat français en Géorgie déclarait ainsi : « À l’avenir, la Russie et la Géorgie sont condamnées à coopérer. Ce rapprochement pourrait notamment passer par les relations étroites qui existent entre l’Eglise orthodoxe géorgienne et l’Eglise orthodoxe russe »[5].

Par son représentant Ilia II, l’Église orthodoxe géorgienne joue un rôle politique de premier ordre en Géorgie. Le patriarche fait véritablement partie du jeu politique : juge et partie des évolutions internes, il décerne bon et mauvais points aux responsables politiques. Son rôle militaire est certes nul puisqu’il ne dispose pas de forces armées, n’a pas appelé les Géorgiens à prendre les armes contre le pouvoir, ni même les soldats à désobéir et à ne pas aller au front. Mais si son poids politique ne s’appuie pas sur une fonction politique officielle, il n’en demeure pas moins considérable. En 2009, alerté par la chute de la natalité, il a ainsi proposé de baptiser personnellement le cadet de chaque famille géorgienne, contribuant largement à un baby-boom qui a rétabli le taux d’accroissement naturel de la natalité géorgienne[6]. Les critiques les plus violentes du patriarche ont d’abord concerné le Président Saakachvili[7]. Pour Ilia II comme pour l’Église géorgienne, la crise résulte d’abord de l’instabilité politique, ce qui justifie le rejet du système présidentiel par le patriarche et les propositions de mise en place d’une monarchie constitutionnelle. Son influence sur les partis d’opposition à Mikhaïl Saakachvili est également importante, car ses alliés peuvent espérer bénéficier des retombées de sa légitimité morale et spirituelle.

Comme Alexis II, le patriarche orthodoxe russe, Ilia II et l’Eglise orthodoxe géorgienne ont reconnu et condamné les massacres commis des deux côtés. Lorsque les combats ont pris fin, le patriarche géorgien s’est rendu sur place et a symboliquement aidé à soigner les victimes, pour dénoncer ensuite la guerre et appeler à une union des orthodoxes dans la paix.

L’Église orthodoxe géorgienne semble a priori moins sujette au nationalisme que l’élite politique du pays : elle ne se considère pas comme nationale, et distincte à ce titre des autres pays, mais comme une subdivision de l’orthodoxie, qui se veut universelle. En dépit d’éléments de désaccord, les Eglises orthodoxes géorgienne et russe partagent de nombreuses valeurs qui leur ont permis depuis 2008 de limiter un regain de tension entre les deux pays. Si l’Église géorgienne a inspiré certains courants nationalistes géorgiens qui prônaient une action militaire pour récupérer les territoires d’Abkhazie et d’Ossétie du sud, elle n’a pas joué de rôle direct dans le déclenchement de la crise. Elle n’est intervenue qu’afin d’éviter l’escalade des menaces et des violences, prônant le dialogue et exhortant les fidèles – les prêtres sont extrêmement écoutés en Géorgie et sont à l’échelle locale de véritables leaders d’opinion – à ne pas céder à la violence.

Pour autant la crise n’est pas terminée, ni en termes juridiques et humanitaires, ni du point de vue du pouvoir géorgien actuel. Les territoires sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, dont l’indépendance n’est reconnue que par une poignée d’États, ne sont pas sous le contrôle de Tbilissi et sanctionnent l’autorité de fait de la Russie sur ces populations. Ce statu quo n’est pas inconfortable pour Moscou car il ne nécessite pas le maintien d’un contingent militaire important et souligne l’influence que conserve la Russie dans la région. Pour autant celle-ci est soumise à une forte pression diplomatique car elle organise actuellement les Jeux Olympiques de 2014 à Sotchi, à quelques kilomètres de l’Abkhazie. Elle qui avait pénétré en Géorgie le jour même de l’ouverture des JO de Pékin en 2008, sera donc particulièrement attentive à l’évolution de ses relations avec le pouvoir politique géorgien, les dirigeants séparatistes abkhazes et sud-ossètes, tout autant que des acteurs périphériques de la région, notamment les mouvements tchétchènes, ingouches, circassiens. Il lui faudra par ailleurs ménager les pouvoirs religieux, dont elle ne peut se permettre de laisser mobiliser l’influence politique contre elle, en Géorgie comme en Russie. Apparaissent ainsi des lignes de fractures politiques qui ne se superposent pas à celles de l’affrontement militaire. Si l’Eglise orthodoxe géorgienne est un acteur à part entière de la crise, sa politique d’influence a rencontré ses limites. Quoiqu’elle ne montre pas une opposition marquée à la Russie, son opposition à la violence n’a pas pu empêcher les combats. Tout en appelant au dialogue avec la Russie, elle a également montré qu’elle tenait à maintenir son pouvoir symbolique et son autorité sur la population géorgienne, y compris en Abkhazie et en Ossétie du Sud.

Si la médiation des instances religieuse a joué un rôle indéniable et positif dans le déroulement de la crise russo-géorgienne, celles-ci n’en restent pas moins des acteurs de la crise dont le positionnement n’est pas neutre, ni désintéressé. Le patriarcat œcuménique de Constantinople a ainsi déclaré le 14 février que le patriarche Bartholomeos Ier soutenait l’intégrité territoriale de la Géorgie et de l’Abkhazie, reconnus comme faisant partie du territoire canonique de l’Église orthodoxe géorgienne. Le patriarcat s’insère dans les rapports de forces qui divisent l’Église abkhaze entre une aile proche du Patriarcat de Moscou et une aile plus autonome, réclamant l’utilisation de l’abkhaze et qui tentait de se «rapprocher du Patriarcat œcuménique pour obtenir son autocéphalie »[8]. Dépourvue de moyens d’action directs, l’efficacité des initiatives ecclésiales reste limitée. Elles est en outre tributaires de la légitimité des Églises, qui peut appuyer comme freiner leur action médiatrice.

Rappels historiques

Prémisses et déroulement de la crise de 2008

La crise russo-géorgienne de 2008 naît de l’incertitude qui marque les premiers mois suivant la dissolution de l’URSS[9]. Certains territoires situés au sein des frontières géorgiennes comprenaient des populations revendiquant majoritairement leur autonomie vis-à-vis de Tbilissi. Les régions de l’Abkhazie au nord-ouest, l’Ossétie du Sud au nord, l’Adjarie au sud-ouest, réclamaient depuis 1991 un statut et des institutions autonomes au sein de l’État géorgien, puis, au moins pour deux d’entre elles, leur indépendance, suite aux conflits armés ayant culminé en Abkhazie et en Ossétie du Sud au début des années 1990, jusqu’à l’accord de paix signé en 1994.

Elles avaient acquis en 2008, avec le soutien de la Russie, une indépendance de fait dans de nombreux domaines. Les troupes géorgiennes n’y contrôlaient qu’une partie du territoire, tandis qu’on y dénombrait plusieurs centaines de soldats russes assurant une mission de maintien de la paix. Suite à la « révolution de velours », le nouveau président Mikhaïl Saakachvili, jeune homme politique pro-occidental et nationaliste, avait assuré les Géorgiens de sa volonté de faire revenir les régions séparatistes dans le giron national et de faire respecter l’intégrité territoriale géorgienne. Cette ambition s’est traduite, dès l’accession de Saakachvili au pouvoir, par un discours de dénonciation de l’ingérence russe dans les affaires intérieures de la Géorgie, État indépendant marqué par près de deux siècles de domination coloniale russe et soviétique. M. Saakachvili s’est très tôt montré soucieux de restaurer sa souveraineté dans ses territoires séparatistes mais aussi de développer des relations avec de nouveaux partenaires internationaux, en particulier les États-Unis et les États européens, dans le cadre de l’OTAN et de l’UE.

Or la reconnaissance à partir de janvier 2008 de la souveraineté du Kosovo par les États-Unis et de nombreux États européens, à laquelle la Russie était opposée, a conduit à une réaction véhémente de Moscou. A ses yeux le précédent kosovar justifiait une reconfiguration de ses relations avec les territoires sécessionnistes de son « étranger proche », notamment l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Les affrontements de 2008 trouvent leur source dans un contexte historique national (au niveau du territoire géorgien) comme régional. Il s’insère dans un complexe « emboîtement d’échelles » allant des relations russo-géorgiennes à la communauté internationale dans son ensemble, qui participe de l’incertitude inhérente à toute crise[10].

Chronologie des séparatismes en Géorgie avant l’année 2008[11]

Causes et origines du séparatisme sud-ossète

1922 : Découpage artificiel des nations du Caucase après la révolution de 1917. L’Ossétie du Sud devient une région autonome rattachée à la République socialiste soviétique de Géorgie, tandis que l’Ossétie du Nord est rattachée en 1925 à la RSS de Russie.

1936 : l’Ossétie du Nord devient une république autonome.

1989 : l’Ossétie du Sud réclame son indépendance et le rattachement à l’Ossétie du Nord.

1990 : autonomie de la RSS d’Ossétie du Sud.

1991 : le gouvernement de Zviad Gamsakhurdia envoie des troupes à Tskhinvali. L’Ossétie du Sud demande l’intervention de l’URSS à Gorbatchev, sans suite.

1992 : l’Ossétie du Sud réitère sa demande et demande à être rattachée à la Russie, mais se heurte au refus de Boris Eltsine.

1992 : Gamsakhurdia est remplacé par Edouard Chervardnadzé, qui sait que la Géorgie doit désormais faire face à la Russie en Ossétie du Sud. Il provoque le mécontentement de Moscou en refusant l’entrée de la Géorgie dans la CEI.

1999 : les élections en Ossétie du Sud sont déclarées illégitimes par la Géorgie.

2003 : Edouard Chervardnadzé doit démissionner.

2004 (janvier) : Mikhaïl Saakachvili est élu président.

2004 (septembre) : à l’assemblées des NU, Saakachvili déclare vouloir chercher une solution aux problèmes Ossète et Abkhaze pacifique et fondée sur la négociation. Selon Saakachvili l’éclatement d’une guerre verrait s’opposer la Géorgie et la Russie plutôt que la Géorgie et l’Ossétie du Sud.

Origines historiques et développement de la question abkhaze

Devenue une République autonome au sein de la RSS de Géorgie en 1930, l’Abkhazie demande sans succès à former une RSS indépendante en 1978. En mars 1989, l’Abkhazie demande aux autorités soviétiques de former une République autonome, égale de la Géorgie.

1990 : l’Abkhazie envisage de déclarer unilatéralement sa souveraineté. Elle obtient le soutien tacite de la Russie, qui souhaite punir la Géorgie pour son refus d’intégrer la CEI.

1992 : l’Abkhazie proclame sa souveraineté, provoquant une déclaration de guerre de la part de la Géorgie.

1993 (septembre) : contrôle militaire de l’Abkhazie par les Abkhazes

1993 (octobre) : Edouard Chervardnadzé accepte que la Géorgie rejoigne la CEI.

1993 (décembre) : négociations à Genève entre la Géorgie et l’Abkhazie. Signature d’un mémorandum prévoyant un cessez-le-feu, la présence d’une force internationale de maintien de la paix, des échanges de prisonniers et permettant le retour des migrants forcés.

1994 : Déclaration de mesures pour le règlement politique du conflit entre l’Abkhazie et la Géorgie. Selon ce document, l’Abkhazie pourrait posséder ses propres symboles nationaux, une Constitution, un parlement, un gouvernement et la souveraineté sur le plan intérieur. La Russie déploierait des troupes de maintien de la paix à Vaziani, Gudauta, Batumi, Akhalkalaki.

1998 (23 mai) : reprise du conflit armé.

1999 : référendum où les Abkhazes se prononcent à 97% pour l’indépendance. Le résultat n’est pas approuvé par les Etats-Unis, ni par l’UE et l’ONU.

2006 : prise de la vallée de Kodori par la Géorgie.

Chronologie de la crise de 2008[12]

Mars 2008 : la demande de la Géorgie de rejoindre l’OTAN provoque une demande du parlement russe au Kremlin, visant à la reconnaissance de l’indépendance complète de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

1er avril : au sommet de l’OTAN de Bucarest, les membres repoussent à décembre 2008 le rendu de leur décision. Tbilissi accuse Moscou de préparer l’annexion « de facto » de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie après que la Russie a officialisé des liens avec les dirigeants des deux territoires sécessionnistes.

25 avril : la Russie demande à la Géorgie de ne pas compter sur l’OTAN pour résoudre les conflits en Abkhazie et en Ossétie du sud, et affirme être prête à utiliser toutes ses ressources pour protéger les citoyens russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud.

30 avril : l’OTAN dénonce le rôle de la Russie dans le développement de tensions, déclarant que les mouvements de troupes mettent à mal l’intégrité territoriale de la Géorgie.

2 mai : Condoleeza Rice exprime les inquiétudes des États-Unis quant à l’augmentation des effectifs russes en Abkhazie.

4 mai : les forces séparatistes d’Abkhazie déclarent avoir abattu deux drones géorgiens. La Géorgie affirme avoir la légitimité de faire voler des engins aériens au-dessus de son territoire et que leur destruction constitue une atteinte à sa souveraineté.

5 mai : l’agence de presse géorgienne rapporte la construction d’une nouvelle base russe pour des troupes de maintien de la paix.

9 mai : la presse fait état de déclarations du Premier ministre adjoint géorgien, affirmant que la guerre pourrait éclater à tout moment entre la Géorgie et la Russie.

15 mai : le ministre de la défense russe Yuri Baluyevski demande à l’OTAN de mettre fin aux préparatifs militaires en Géorgie et affirme que les États-Unis, la Turquie, la République tchèque et la Bulgarie fournissent des armes à la Géorgie.

26 mai : un observateur de la mission de l’ONU en Géorgie (UNOMIG) confirme que le drone géorgien abattu le 20 avril l’aurait été par un avion russe, ce que le ministre des affaires étrangères russe réfute en affirmant que la vidéo apportée comme preuve présenterait des incohérences.

31 mai : la Russie déploie 300 soldats non-armés en Abkhazie, afin d’opérer des réparations sur le réseau ferroviaire.

1er juin : l’Abkhazie rompt tout lien diplomatique avec le gouvernement géorgien.

5 juin : le représentant de l’UE pour les affaires étrangères Javier Solana déclare que l’UE tentera « d’aider les deux parties à faire baisser la température » en Abkhazie.

6-7 juin : Saakachvili et Medvedev se rencontrent et concluent qu’ils ne peuvent résoudre « tous (leurs) problèmes ».

14-15 juin : il est fait état d’échanges de coups de feu entre troupes de Géorgie et d’Ossétie du Sud dans les environs de Tskhinvali.

30 juin- 2 juillet : coups de feu au marché de Sukhumi et à la ligne de partage entre l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. La Russie accuse les forces spéciales géorgiennes d’être impliquées.

3-4 juillet : des explosions en Ossétie du Sud sont dénoncées par la Russie, qui accuse la Géorgie d’effectuer une intervention militaire et condamne une « agression »

10 juillet : Condoleeza Rice appelle à la fin de la violence en Abkhazie et en Ossétie du sud.

22 juillet : le Conseil de Sécurité de l’ONU tient une session fermée concernant des vols d’avions de chasse russes au dessus de l’Ossétie du Sud, sans parvenir à une position commune.

29-30 juillet : l’Ossétie du Sud accuse la Géorgie d’attaquer des villages autour de Tskhinvali. La Géorgie affirme que des troupes sud-ossètes auraient engagé les hostilités en tirant vers des membres de son groupe d’observation.

1er août : explosion en Ossétie du Sud

7 août : la Géorgie affirme que l’Ossétie du Sud est en train de débuter une « guerre » ; la Russie estime la situation « extrêmement dangereuse ».

8 août : Tskhinvali est bombardé par les forces d’Ossétie du Sud et de Géorgie. La Géorgie accuse la Russie de provoquer une guerre. La Russie affirme à la Géorgie que l’« agression » commise ne restera pas « impunie ». Le président Saakachvili déclare l’état de guerre.

9 août : le ministre des affaires étrangères d’Abkhazie déclare que ses troupes ont débuté une opération pour expulser les troupes géorgiennes des gorges de Kodori.

10 août : un diplomate russe déclare que deux mille personnes auraient déjà été tuées en Ossétie du Sud. Il est fait état du bombardement des environs de l’aéroport militaire de Tbilissi. George W. Bush déclare que le déploiement de troupes russes constitue une « réponse disproportionnée ». Le ministre des affaires étrangères britannique David Miliband dénonce des bombardements russes situés clairement en-dehors de l’Ossétie du Sud.La Géorgie rapporte la mort de 130 civils géorgiens. La Russie affirme ne pas avoir frappé de civils. La Géorgie déclare avoir proposé à la Russie un accord de paix, refusé par la Russie, réclamant un retrait sans conditions de la Géorgie d’Ossétie du Sud.

11 août : la Russie déplace des troupes en Abkhazie. Bernard Kouchner se rend en Géorgie dans le but de faire parvenir la Russie et la Géorgie à un armistice. La Commission européenne demande à la Russie de « stopper immédiatement toute activité militaire sur le territoire géorgien ». La Russie aurait positionné plus de 9 000 soldats en Abkhazie, au-delà de la limite de 3 000 soldats prévue dans le cadre de l’accord de paix de 1994. Il est fait état de mouvements de chars T-72 et du déploiement de lance-roquettes. 2000 soldats géorgiens sont évacués d’Irak. Vladimir Poutine critique les États-Unis pour avoir facilité ce redéploiement de troupes.

16 août : Dimitri Medvedev signe le cessez-le-feu proposé par l’Union européenne, qui inclut le fait de retirer les troupes jusqu’aux positions préalables au conflit.

17 août : Dimitri Medvedev affirme à Nicolas Sarkozy au cours d’une conversation téléphonique que les troupes russes commenceront à se retirer à partir du 18 août.

19 août : Dimitri Medvedev déclare à Nicolas Sarkozy que contrairement au cessez-le-feu prévu, des troupes russes seront maintenues dans une zone-tampon en Géorgie, à la frontière de l’Ossétie du Sud, tandis que d’autres seront retirées vers l’Ossétie du Sud et la Russie. L’OTAN suspend son partenariat avec la Russie.

20 août : les États-Unis et l’UE accusent la Russie d’avoir échoué à mettre en œuvre les dispositions du cessez-le-feu.

21 août : des manifestations en Abkhazie appellent la Russie à reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie.

22 août : la Russie promet un retrait « partiel » de troupes avant la fin de la journée, mais affirme que des forces de « maintien de la paix » seront maintenues en Géorgie. Le général américain Craddock estime cette évolution « trop réduite, trop lente ».

26 août 2008 : Le président Medvedev reconnaît officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie et accuse le président géorgien Saakachvili d’utiliser le « génocide pour résoudre ses problèmes politiques ».

Bibliographie indicative :

Articles de presse :

– Article sur la guerre de 2008 par un responsable de la Orthodox Peace Fellowship

Source : http://www.incommunion.org/2008/12/10/the-georgia-russia-mini-war/

– Georgian Orthodox Church Patriarch Criticizes Saakashvili For War

Source  : http://www.rferl.org/content/Georgian_Orthodox_Church_Patriarch_Criticizes_Saakashvili_For_War_/1853790.html

– Article du rôle de la religion dans les guerres

Source : http://www.eurasiareview.com/09032011-religion-and-its-importance-in-international-politics-a-case-study-of-2008-russian-georgian-war/

– Un essai de synthèse sur le sujet

Source : http://danielkorol.com/blog/archives/472

– Déclaration de Jean Faure, Sénateur de l’Isère, co-rapporteur de la mission de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat en Géorgie.

Source : http://www.france.mfa.gov.ge/index.php?lang_id=FRA&sec_id=595&info_id=7236

– We must repent and forgive each others – Georgian Patriarch

Source : http://www.news.az/articles/georgia/40102

– Orthodox Patriarch calls for reconciliation of Russia and Georgia

Source : http://www.pcusa.org/news/2011/8/8/orthodox-patriarch-calls-reconciliation-russia-and/

– Georgian church leader calls for peace with Russia

Source : http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/9768518

– Déclarations d’une organisation œcuménique américaine

Source : http://www.globalministries.org/news/mee/ecumenical-leaders-deplore.html

– Russian and Georgian churches differ over Georgian situation

Source : http://www2.stetson.edu/~psteeves/relnews/0808c.html

– War splits Orthodox churches in Russia and Georgia

Source : http://www.nytimes.com/2008/09/05/world/europe/05iht-church.4.15929452.html?pagewanted=all

– Conflict Tests Ties Between the Georgian and Russian Orthodox Churches

Source : http://www.nytimes.com/2008/09/06/world/europe/06orthodox.html?pagewanted=all

– Georgia and Russia: Can positive relations between the populations overcome the political turmoil?

Source : http://crrc-caucasus.blogspot.com/2011/08/georgia-and-russia-can-positive.html

– Russian Orthodox Church Will not Influence Abkhazia, South Ossetia

Source : http://pik.tv/en/news/story/15544-russian-orthodox-church-will-not-influence-abkhazia-south-ossetia

Ouvrages scientifiques :

Asmus Ronald, A Little War that shook the World: Georgia, Russia and the Future of the West, Palgrave MacMillan, 2010

Jones Stephen, War and Revolution in the Caucasus, Routledge, New-York, 2010

Poukhov Russlan dir., Les Chars d’Août, CAST, Moscou, 2010

Rich Paul B. dir., Crisis in the Caucasus: Russia, Georgia and the West, Routledge, New-York, 2010

Serrano Silvia, Géorgie. Sortie d’empire, CNRS Editions, 2007

Articles scientifiques :

Demirag Yelda, « The 2008 Georgian Crisis and the Limits of European Security Governance », Central Asia and the Caucasus Journal of Social and Political Studies, CA CC Press, Volume 12, issue 2, 2011

Hafkin Gregory, « The Russo-Georgian War of 2008 : developing the Law of unauthorized humanitarian Intervention after Kosovo », Boston University International Law Journal, 2007

Matsuzato Kimitaka, « The Five-day War and Transnational Politics: Georgia, Russia and Ossetia », Demokratizatsiya, summer 2011, pp. 228-250

Serrano Silvia, « Géorgie : le rêve brisé », Politique internationale, n° 121, 2008

Thorez Julien, « Géorgie-Ossétie-Russie. Une guerre à toutes les échelles », EchoGéo [En ligne], 2009

Werkner Ines-Jacqueline, « Religion and its importance in international politics: a case study of the 2008 Russian-Georgian War », 2009

Rapports et témoignages :

Crow Alex, « Georgia-Russia Conflict Timeline (includes South Ossetia and Abkhazia) ».
Source : http://www.rusi.org/analysis/commentary/ref:C48A08074B93E4

International Crisis Group, Russia vs. Georgia : The Fallout, Bruxelles-Tbilissi, Europe Report n° 95, 2008

Zourabichvili Salomé, La Tragédie géorgienne (2003-2008), Grasset, Paris, 2009

Club du Millénaire : Louis-Marie Bureau, Soline Kauffmann, Felix de Montety.

Comité de rédaction : Sarah Laffon.

[1] Sophia Kishkovsky, « War splits Orthodox churches in Russia and Georgia », The NewYork Times, 5 septembre 2008.

[2] Philip Jenks, « The Russia-Georgia conflict joins a dismal trend; but violence solves nothing, Christians declare », National Council of Churches News, New York,13 août 2008. Jeffrey Haynes, An Introduction to International Relations and Religion, Pearson, 2007

[3] Mario Giro, « Les organisations internationales et la résolution des conflits », 2007.
Source : http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-772.html

[4] Jeffrey Haynes, An Introduction to International Relations and Religion, Pearson, 2007.

[5] “Compte rendu de la commission des affaires étrangères et de la défense”, Paris, mardi 18 mai 2010.

[6] Church leader sparks Georgian baby boom », BBC News, Tbilissi, 26 mars 2009.

[7] « Georgian Orthodox Church Patriarch Criticizes Saakashvili For War », Radio Free Europe/Radio Liberty, 16 octobre 2009.

[8] « Le Patriarcat de Constantinople reconnaît l’Abkhazie comme territoire canonique de l’Église de Géorgie », in La Croix, 20 février 2012.

[9] Si on pourrait établir qu’en fait de « crise de 2008 », la crise entre la Géorgie et ses territoires séparatistes date au moins de 1991 et la fin de l’Union soviétique, il semble que les bornes chronologiques de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par nombre d’États occidentaux et de la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud par la Russie constituent des moments très significatifs pouvant définir chronologiquement un « début » et une « fin » de la crise entre l’État géorgien et l’État russe. Cette crise ne se limite donc pas aux relations entre la Géorgie et ses territoires séparatistes mais correspond bien à des tensions et épisodes de conflit armé entre deux États souverains : la Géorgie d’une part, et la Russie d’autre part.

[10] Julien Thorez, « Géorgie-Ossétie-Russie. Une guerre à toutes les échelles », EchoGéo, 2009.

[11] Demirag Yelda, « The 2008 Georgian Crisis and the Limits of European Security Governance », Central Asia and the Caucasus Journal of Social and Political Studies, CA CC Press, Volume 12, issue 2, 2011.

[12] Pour établir une chronologie tenant compte des comptes-rendus russes, séparatistes abkhazes et sud-ossètes, géorgiens et occidentaux, nous avons complété la chronologie jour par jour établie par la BBC en combinant les chronologies du CAST russe et du RUSI britannique : Anton Lavrov, « Chronologie des opérations russes et géorgiennes en août 2008 », Les chars d’Août, CAST, Moscou, 2010 ; Alex Crow, « Georgia-Russia Conflict Timeline (includes South Ossetia and Abkhazia) » ; RUSI
Source : http://www.rusi.org/analysis/commentary/ref:C48A08074B93E4