Le symbolisme de La Belle et la Bête


Le récit de La Belle et la Bête fut publié en 1756 par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont. Elle reprenait le canevas d’une histoire rédigée par Mme de Villeneuve, qui s’était elle-même inspirée du conte traditionnel de La femme à la recherche de son époux disparu [1]. Le récit conte l’histoire millénaire de l’union des contraires, déjà présente chezEros et Psyché. Il draine un ensemble considérable de symboles et enseignements ouvrant la voie à des interprétations diverses. Retraçant la romance naissante entre une belle jeune fille et un prince transformé en bête, le conte peut s’envisager à première vue comme un plaidoyer moral soulignant l’importance de la beauté intérieure et la nécessité de dépasser les apparences, lecture qui ne donne, si l’on s’y borne, qu’un aperçu superficiel de ses enseignements. Posons la Belle et la Bête non comme deux êtres complets, mais comme les différentes facettes de l’être humain et la romance entre deux êtres que tout oppose dépasse les limites de l’intrigue amoureuse. Elle devient l’aboutissement du voyage initiatique visant à résoudre l’irréductible dualité de l’être, par la réunion harmonieuse de ses multiples dichotomies : beauté/bestialité et par extension corps/esprit, masculin/féminin, mais aussi clair/obscur, solaire/lunaire, etc. Restituons ensuite sa juste place à la figure essentielle du père de Belle, moins visible que le couple Belle/Bête mais indispensable à une compréhension globale du récit : la dualité se fait triptyque. Plus profond que la rencontre amoureuse, plus vaste que le «scénario œdipien[2] , celui-ci élargit la rencontre des contraires au dialogue perpétuel entre les trois facettes de l’être humain, Corps, Âme et Esprit. Se dessine une base ternaire qui pourrait nous donner une lecture particulière de la symbolique du texte. Si elle constitue la pierre d’angle de son interprétation, cette dissociation de l’homme n’est pas propre au conte. On la trouve manifestée dans bien d’autres œuvres et mythologies, occidentales ou non. Puisant dans la symbolique chrétienne, l’entrée de l’abbaye de Saint-Wandrille (Normandie) montre un pélican nourrissant ses trois petits sur un nid formé par une couronne d’épines, figurant l’enseignement du Christ nourrissant l’intellect, la spiritualité et le corps de l’homme. Dans le tantrisme indien la représentation des cycles de l’univers s’effectue à partir desgunas, les trois constituants de l’intelligence, de l’énergie et de la matière. Plus près de nous l’analyse des aventures de Tintin réalisée par Jacques Fontaine fait du trio Tintin/Haddock/Tournesol une figuration moderne des trois facettes, qu’il renomme âme, cœur et esprit[3]. Les variations sémantiques de ces exemples d’héritage culturel divers ne modifient pas le sens donné à chacun des constituants, que nous préciserons en premier lieu. Nous montrerons ainsi dans quelle mesure le triptyque Belle/Bête/Père incarne les trois facettes de l’être humain. Ce cadre posé nous retracerons le cheminement de chacun des personnages, les obstacles et appuis qui jalonneront leur parcours et les différents états par lesquels ils passeront. Nous pourrons alors étudier l’accomplissement progressif de l’être, qu’engendrent la rencontre et l’union des trois protagonistes. La nécessité d’interpréter l’œuvre sur trois dimensions rend la tâche plus complexe que comparer deux dimensions, comme le bien et le mal ou la Belle et la Bête. Ce type de lecture amène à relativiser puisqu’elle n’oppose pas deux aspects mais compose avec les trois : la Bête peut-elle exister sans la Belle et sans le Père ? Où se trouve leur équilibre ? Comment envisager les relations du diptyque Belle/Bête par rapport au Père ? De celui Belle/Père par rapport à la Bête ? La nature trinitaire nous inviter à envisager toutes les combinaisons possibles pour que chaque dimension soit égale aux autres. Le triangle formé par Belle, la Bête et le Père nous donne le moyen de mesurer ces dimensions, équilibrées à l’infini.

Dans une optique de multiplicité des lectures et sans prétendre détenir l’inexistante interprétation « juste », nous nous proposons d’étudier l’aspect symbolique de La Belle et la Bêteà partir d’une adaptation rarement étudiée, le film réalisé par le studio Disney en 1991. Deux raisons justifient ce choix. Le film présente d’abord de nombreux objets et personnages à forte charge symbolique, qui éclairent l’itinéraire suivi par chacun des personnages dans leur voyage initiatique et par là le message du conte. Par ailleurs le rôle fondamental du père dans l’achèvement du récit y apparaît de manière évidente, à la différence d’autres adaptations comme celle de Cocteau. Nous ne supposons pas que l’ensemble des éléments que nous avons relevés aient été insérés sciemment par les créateurs du film, ce qui ne les rend pas moins parlants : au contraire le caractère inconscient de ces ajouts souligne leur intemporalité et la capacité de l’œuvre à interpeller chacun, ce que déclarait Marilia Baker  avec emphase : «Comme dans l’extraordinaire chef-d’œuvre de Cocteau, l’équipe Disney, écrivains, producteurs, techniciens de l’animation, artisans, artistes, acteurs, tous enfin, semblent avoir été touchés parl’énergie archétypique.»[4]

I – La figure triple du héros, être humain accompli

1) Belle : l’intuition directrice

Du comportement à l’apparence Belle incarne l’Âme de l’être humain, entendue dans un sens plus spirituel que religieux. Elle fait jaillir ce que Paul Diel qualifiait de surconscient[5], la sublimation de la conscience humaine par l’élan spirituel. Belle est l’intuition supérieure incommensurable au monde du phénomène, auquel elle demeure liée mais dont elle s’élève pour atteindre l’absolu. Dès l’air d’ouverture du film Belle déclare se sentir enfermée dans un village dont les habitants, remplissant leurs tâches quotidiennes sans réfléchir, lui sont étrangers. Le désintérêt des profanes pour les romans de Belle fait du village une représentation du monde purement sensible, attaché à ses préoccupations matérielles, que Belle veut fuir en vivant « autre chose que cette vie.». Cette « autre chose» se devine dans la joie qu’elle a de discuter avec le libraire, dont la mappemonde rappelle son désir de voir « plus grand ». Le vieil homme bienveillant offrant ses livres y représente le savoir, la porte ouverte sur le monde (spirituel). Peu après la demande en mariage du sinistre Gaston, le désir de hauteur de Belle se fait impérieux. S’enfuyant dans une immense vallée, elle chante vouloir «s’envoler dans le bleu de l’espace », dont la couleur tisse un lien avec celle de sa robe[6]. Le crépuscule y est annonciateur de la nuit qui vient, de la mort à son état présent devenu insupportable, mais également promesse de renaissance : la nuit tombe à l’ouest, où se couche le soleil. Le soleil du jour nouveau se lève à l’orient : tel un fanal il guide l’Âme et l’oriente. L’appel de Belle est lancé en même temps que les pissenlits qu’elle « sème à tout vent. » Telle Madame Larousse Belle répand son appel, auquel répond le cheval Philibert, qui la guide au château. Le désir de spiritualité de Belle a été entendu et Philibert lui porte la nouvelle qui la mènera à l’accomplissement final.

2) Le Père : l’esprit organisateur

L’Esprit est à comprendre ici au sens d’intellect. Il est la puissance intérieure de l’être, de la conscience, quoiqu’elle demeure exclusivement intellectuelle. Strictement immanente, elle est l’élan humain de compréhension du monde qui l’entoure. Le Père de Belle, Maurice, en est le représentant dans le film : cet inventeur incarne le niveau intermédiaire de la conscience réfléchie entre l’attitude spirituelle de sa fille et l’animalité purement terrestre de la Bête. Tandis que le rêve de Belle est de quitter le monde exclusivement matériel, Maurice souhaite se voir décerner le prix des inventeurs à la foire c’est-à-dire la reconnaissance de son esprit. Son désir de compréhension, son initiative le poussent à s’engager le premier dans la forêt, l’espace où débute le parcours initiatique. A son arrivée au château, lieu de l’inconscient profond où se révèle la véritable personnalité, Maurice tentera d’abord de comprendre comment fonctionne Big Ben, l’horloge symbole du Temps[7]. Son échec, allégorie de l’impossibilité de la Science de comprendre l’inconnaissable (ici l’origine du Temps, des temps c’est-à-dire du monde), souligne que l’intellect seul ne peut réussir sans l’intuition (Belle) : la capacité de l’Esprit à répondre au « comment ? » ne peut s’accomplir pleinement qu’en parallèle avec celle de l’Âme à répondre au « pourquoi ? ». Son irruption dans la taverne[8] et sa tentative infructueuse d’appeler le village à l’aide pour libérer Belle sont doublement révélateurs. On y comprend que le monde enfoncé dans sa matérialité exclusive ne peut supporter même un seul des élans authentiquement humains (Maurice est moqué et jeté hors du lieu). Il apparaît également que seule l’harmonie de ses trois constituants permet à l’homme d’agir véritablement : de même que Belle et son père sont incapables d’agir face au village décidé à brûler le château [9], l’échec du Père dans la taverne montre qu’en l’absence d’un des trois élans l’homme inaccompli reste impuissant.

3) La Bête : la force vitale

Incarné par la Bête, le Corps comprend les instincts terrestres de l’homme, sa dimension matérielle au sens le plus large. Force de vie, il est la part d’animalité instinctive indissociable de l’être de par sa nature corporelle. Devenue exclusive et dépourvue de limites, la chair débouche dans le conte sur l’animalité pure et fait du prince une créature de seule bestialité. Son aspect premier est véritablement diabolique[10] : il amène avec lui un vent glacé qui éteint le foyer réconfortant auquel le Père s’était chauffé. Son ombre massive et cornue rappelle le crâne à cornes de bélier sous lequel il apparaît. Les murs de son château, couverts de créatures hideuses[11], reflètent les passions perverties qui déforment son âme et le mènent à la bestialité. Son poil brun, sa cape rouge soulignent la violence profondément ancrée en lui. Faible espoir, ses yeux, «fenêtres de l’âme»[12], gardent la couleur bleue de la renaissance. La Bête/bestialité enferme d’abord le Père/Esprit puis Belle, l’élan de l’Âme, qui le marquera néanmoins suffisamment pour le pousser à l’installer dans les plus belles pièces du château. Il est l’élan vital perverti mais non pervers en soi : s’il s’est engagé dans la mauvaise direction Belle ne bridera pas son élan pour autant. Ne lui reprochant pas d’utiliser sa force lorsqu’il est nécessaire (face aux loups ou à Gaston), elle l’orientera plutôt dans un sens positif en la conciliant avec les autres élans de l’humanité : en laissant Belle partir aider son père, la Bête accepte finalement de sauver l’Esprit, qui vivra en harmonie avec elle (dans son château) après le dénouement final. Plus parlant encore, l’amour entre Belle et la Bête montre l’acceptation par chacun de son manque, que comble l’altérité.

Tout ce que la Bête possède est une rose enchantée, symbole de beauté, et un miroir permettant de tout voir, «fenêtre sur le monde extérieur[13] Le pouvoir de réflexion du miroir est l’outil qui permettra de montrer à la Bête «l’inconnu et son potentiel »[14], c’est-à-dire le monde dont il est désormais coupé puisqu’il est dépourvu d’humanité, et la possibilité de retrouver celle-ci en redevenant humain. Comme la forêt pour le Père et Belle, le miroir est l’instrument par lequel la Bête quittera son apparence animale, dissoudra sa bestialité en laissant sauver le Père et permettant l’union du triptyque Âme/Corps/Esprit. Similitude notable avec le miroir de la Bête, la tradition alchimique attribuait au principe soufre, élément dissolvant des corps, la «possession d’un miroir dans lequel on peut voir le monde entier»[15] : par le miroir s’accomplit le travail de décomposition nécessaire à la renaissance et à l’union du tryptique Belle/Bête/Père. Ceci explique que les trois seules personnes qu’il reflète soient Belle, la Bête et le Père et qu’il initie le dénouement ultime (le retour de Belle chez le Père menacé de mort, qui constitue l’acte par lequel la Bête prouve son humanité retrouvée).

II – Le cheminement : cadre et personnages

1) Le village et Gaston, le monde banalisé

Le village est une représentation du monde banalisé, pour reprendre l’expression de Paul Diel[16]. La banalisation représente à ses yeux le refus plus ou moins conscient de s’élever au-dessus des préoccupations purement matérielles. Belle tente d’intéresser les villageois à la lecture, de les tirer des occupations quotidiennes qu’ils accomplissent mécaniquement[17], mais ses efforts restent vains. Bien plus, les villageois estiment qu’un fossé les «sépare» de cette fille décidément « très étrange. » Trois garçons l’espionnent intrigués alors qu’elle se trouve chez le libraire[18] : l’un brun, l’autre blond, le troisième roux incarnent l’ensemble des humains banalisés qui ne peuvent être qu’heurtés par l’élan de Belle. Ce tableau du monde dépourvu d’idées s’accentue ensuite : assise sur une fontaine, jaillissement de l’eau spirituelle, Belle tente d’instruire un troupeau de moutons[19], dont la signification est éloquente. En pure perte puisque ces moutons tentent de manger son livre, de même que les villageois multiplient les obstacles à sa lecture[20](corde qui manque de la faire chuter, eau souillée qui s’échappe d’une gouttière, plus tard Gaston qui s’ingéniera à jeter son livre dans la boue).

Gaston règne sur le village. Gardien de la taverne et chasseur émérite, ce « prince du monde » est la banalisation totale, aux pulsions perverties par la matérialité. Caché dans l’ombre, sa première action est de tuer un oiseau (souvent symbole de l’éveil spirituel) que son acolyte met dans un sac (il empêche l’envol de l’esprit, et l’enferme)[21] : il est l’élan négatif par excellence. Gaston dévoilera ses plans en s’admirant dans le reflet d’un plat d’argent, symbole des « appétits » matériels du personnage. Il règne au sens propre sur le village, vole de maisons en maisons et les habitants, tous de « son avis[22], reprennent son air[23] lorsqu’ils ne chantent pas eux-mêmes ses louanges[24]. Lefou, le compagnon difforme, est sa véritable image. Chaque fois qu’il en est séparé Gaston échoue d’ailleurs dans ses plans (en faisant sa demande en mariage puis en essayant de tuer la Bête). Lefou se promène avec une dépouille informe dont le seul signe distinctif est une paire de cornes, reflet de la nature diabolique de son maître. Le trône de Gaston a d’ailleurs des pattes d’animal, une paire de cornes et est couvert de peaux de bêtes qui soulignent la nature animale de son propriétaire : malgré une enveloppe humaine Belle comprend sans peine que la véritable bête est Gaston[25]. Il n’est donc pas surprenant que ce dernier soit le plus acharné à faire chuter Belle et empêcher sa romance avec la Bête. Déclarant qu’il veut l’épouser en la pointant de son fusil peu après avoir abattu l’oiseau (l’envol de l’esprit), il dérobe son livre et le couvre de boue à deux reprises[26]. Le simulacre de son mariage montre d’ailleurs la vérité sur ses intentions[27]. En faisant mine de se marier avec son acolyte (c’est-à-dire son véritable visage, lui-même), il personnifie l’orgueil du narcissique désireux de s’aimer lui-même. Belle le fera tomber dans l’eau boueuse, un cochon juché sur lui, symbole des désirs sexuels pervertis[28] : de même que la Bête révèlera la nature profondément animale de Gaston lors de son duel avec lui, la clairvoyance de Belle le renvoie à la fange de son âme banalisée.

2) – Les états intermédiaires

Le départ du Père pour la foire aux inventeurs marque le début de la descente aux enfers, la katabase, qu’accompliront chacun des personnages avant la renaissance et l’union finale. Celui-ci entame son périple en quittant une vallée[29], souvent symbole de lourdeur émotionnelle et de l’inertie que montrent ici les habitants du village[30]. Mais le chemin qui mène à la montagne en fait la matrice du paysage initiatique : le départ vers la montagne annonce les épreuves et difficultés qui se dresseront devant le héros mais également le sommet à atteindre. La forêt dans laquelle s’engage le Père [31] est traditionnellement le lieu du danger, du retour sur soi, de l’introspection (repensons au Dante de la Divine comédie, débutant le voyage initiatique qui le mènera des enfers au paradis par l’éveil dans une «forêt obscure dont la route droite était perdue.»). Maurice éprouve pour le moment des difficultés à connaître le véritable objet de son désir. L’épanouissement qu’il cherche par la reconnaissance de son esprit ne saurait être véritable s’il n’est complété par l’harmonie de cet esprit avec les autres facettes. Sa recherche de la foire est donc superficielle mais le Père l’ignore au début de son voyage. Il ne réalise que progressivement qu’il fait fausse route et se perd littéralement : les panneaux en tout sens et indications qui le guidaient le perdent désormais plus qu’ils ne le renseignent. Les arbres morts qui bordent la route[32] et finissent par couper sa retraite marquent pour le Père le début de « l’Œuvre au noir, » phase alchimique de dissolution et de séparation de la substance. Pour le Père comme pour Belle (qui arrivera par le même chemin), la nuit et la forêt désolée sont le cadre spatio-temporel de la dissolution, de la mort à soi. Elles préparent la mort symbolique de l’enfermement dans le château qui sera subie par Maurice et sa fille. Pour le moment l’introspection initiée par le Père se passe mal et libère des forces néfastes qui déstabilisent le héros (les chauves-souris, forme dévoyée de l’envol de l’esprit)[33]. La mauvaise démarche de celui-ci, qui a tenté de faire au plus vite (Prends le raccourci, ça va nous faire gagner du temps.[34] ), entraîne la libération d’énergies négatives : dans de telles dispositions l’esprit ne peut s’envoler. A l’instar du cheval, il s’emballe.Les animaux présents à ce point de basculement du récit renforcent l’idée de mort provisoire du héros. Le cheval est la force motrice de l’esprit qui initie et entretient l’élan surconscient. Il symbolise l’élan vital positif (sous la forme de Pégase) ou négatif (les cavales de Diomède) dont il s’agit de maîtriser la puissance, ce que ne peut faire qu’un esprit préparé. Ici l’introspection se passe si mal que l’esprit s’emballe, manquant de précipiter le Père dans l’abîme et le jetant à bas, pour le laisser seul dans la forêt privé de sa lanterne. Conscient de l’impossibilité de s’accomplir seul mais ayant perdu ses repères rationnels habituels (les «raccourcis»), le Père/Esprit reste désemparé. Il s’engage au hasard et, poursuivi par une meute de loups, ses pas le mènent devant l’entrée du château[35]. Les loups incarnent les aspects obscurs de la conscience qu’il s’agit d’affronter et sont, de manière ambivalente, les instruments de la mort à soi. Ils sont d’abord l’expression des dangers qui guettent l’être s’engageant dans l’introspection. Mais ils sont également les « gardiens » s’assurant de l’aboutissement du processus d’accomplissement, menant le Père vers le château et, plus tard, poussant Belle à demeurer avec la Bête[36].

3) Le château et ses serviteurs : l’introspection

Le passage du portail du château est espace de transition du monde extérieur vers l’intime. Le château, entouré de murailles, possède une double signification. Il est d’abord symbole du moi le plus profond[37] : si la raison consciente est le surmoi, que le subconscient est lemoi, le château enfoui au fond de la forêt symbolise sans doute le ça, couche la plus profonde et la plus obscure du subconscient où se nouent et dénouent les troubles psychologiques. L’élan surconscient, sublimation de la conscience qui permet l’harmonie de l’être, nécessite la lucidité sur soi, acquise par un voyage initiatique en soi, donc dans sa conscience. L’inscription Gnôthi seauton–« Connais-toi toi-même »- inscrite au fronton du temple d’Apollon à Delphes prend ici toute sa résonnance : l’illumination de l’homme que symbolisait le Dieu du soleil pour les Grecs résultait avant tout d’un processus intérieur de connaissance de soi. Le château est le lieu de l’inconscient profond, où se révèle la véritable personnalité et où s’accomplit ce processus introspectif. Ceci se vérifie pour chaque personne qui y pénètre : Gaston y révèle sa bestialité, les villageois qui enferment Belle et son Père et veulent tuer la Bête (refus des trois élans humains) montrent où mène leur banalisation, les serviteurs du château y retrouvent leur forme humaine, le Père y vit heureux, la Bête y découvre son humanité, Belle l’absolu qu’elle recherche.Lieu de révélation du soi, le château illustre également les issues de la destinée. Lorsque son maître est voué à la banalité/bestialité il est symbole de l’enfer dans lequel l’homme est enfermé et ses statues représentent des lions, des taureaux, des boucs (figurations des élans vitaux pervertis.) Lorsque les trois aspects du héros seront réunis il deviendra paradis lumineux. Sa métamorphose est de même nature que celle de la Bête en prince : ses statues représentant des diables grimaçants se transforment en angelots[38]

Nous percevons que Gaston est à envisager en miroir avec le devenir de la Bête : en dépit de l’apparence bestiale de l’une et de la beauté extérieure de l’autre leur évolution respective et l’affrontement final montrera où se situe la véritable humanité. Il en va de même des serviteurs/objets du château, qu’il s’agit d’étudier en symétrie avec les villageois. Alors que les ustensiles rêvent d’être humain «à nouveau»[39] (ce qui suppose qu’il s’agit de leur véritable nature), les humains du village vivent comme des ustensiles. Les tâches qu’ils accomplissent chacun pour soi (lorsque les objets travaillent en harmonie) et auxquelles ils s’accrochent en refusant tout élévation intérieure leur font renier leur humanité. Bien plus que pour interdire le passage, la lutte qui oppose les serviteurs du château aux villageois est une bataille déterminant qui détient la véritable humanité : la Bête et ses ustensiles aux aspirations sincèrement humaines ou la troupe de villageois banalisés et indignes de leur nature. S’ils mènent eux aussi cette omniprésente quête d’humanité, les gardiens du château, Lumière et Big Ben, sont avant tout les fanaux qui guident chaque élan humain. Nom révélateur, triple branche verticale, tout en Lumière suggère l’ascension spirituelle et l’illumination. Il est l’intuition positive de vérité dont les initiatives rythment et relancent le voyage initiatique : il accueille le Père, permet à Belle de le retrouver, suggère à la Bête d’installer Belle dans une chambre plutôt qu’au cachot puis d’accomplir son premier acte généreux (le don de la bibliothèque) et dirige la défense du château face aux villageois rétifs à toute élévation. Lumière est la lanterne guidant l’intuition vers la Vérité (la complétion harmonieuse de l’être) : s’il appuie sa marche, il est également conscient de l’importance que s’accomplisse librement l’union de Belle et de la Bête et conseillera au trop pressé Big Ben de «laisser la nature suivre son cours[40] Face à la figure élévatrice de Lumière l’horloge Big Ben incarne la course circulaire du temps. A l’instar du calendrier aztèque dont il partage la forme, Big Ben «fonctionne comme un mandala : il réconcilie les contraires. »[41] Il est l’œuvre évolutive du Temps qui unit, aussi prompt à refuser la présence du Père lorsqu’il estime que l’heure n’est pas venue et qu’il ne peut découler que des conséquences négatives de sa rencontre avec la Bête, qu’à vouloir donner «un coup de pouce au destin» pour que l’amour entre Belle et la Bête éclose avant la fenaison fatidique de la rose[42]. Personnage peut-être négligé, la tasse ébréchée Zip conserve son importance dans le récit. Sa cassure symbolise pour Marilia Baker «nos blessures d’enfance ou narcissistes.»[43] Il est un rappel de l’enfance de Belle qui sait lui apporter son aide dans les instants de crise (il est le seul personnage du château à rester avec elle et évidemment celui qui la libère, permettant de rejoindre et de sauver la Bête) : Zip suggère que c’est en conciliant son état d’innocence de petite fille avec l’animalité de la Bête que Belle peut véritablement s’accomplir, non en le reniant. Il est indispensable à Belle pour avancer sans crainte de demeurer prisonnière. Posé le cadre, tracés les axes organisateurs, reste à voir comment s’assemblent les pièces du récit au moment où s’accomplit l’éveil initiatique.

III – L’accomplissement progressif

François Flahault a noté les similitudes existant entre la Bête et la petite sirène du conte éponyme. Chacune ne pourra devenir humaine à part entière qu’en parvenant à se faire aimer. Mais à la différence de la Bête, la sirène se voit «incapable de renoncer à son propre désir de complétude» et refuse d’admettre que l’altérité du prince parvienne à combler son manque. En renonçant à se faire reconnaître, au prix de sa vie, la sirène manifeste la «générosité sacrificielle d’une âme sublime.» Mais elle affirme du même coup «son être comme être-au-delà-de-la-relation. Ce qui implique également d’être au-delà de la sexuation[44] La Bête se situe au contraire dans un processus véritable de complétion. Elle accepte de renoncer à son animalité et de la remplacer par la spiritualité de la Belle qui représente son altérité. La Belle fait de même en acceptant d’aimer la Bête, pourtant profondément Autre. Le lien qui s’est noué entre eux ne se fonde pas sur un désir d’auto-complétude : leur recherche d’absolu passe par l’acceptation par chacun de son incomplétude. Le couple Belle-Bête ne fait donc pas disparaître l’animalité, ce que nous pourrions supposer si nous nous limitions à la métamorphose de la Bête perdant son aspect bestial pour redevenir humain. L’acceptation par Belle/Âme de l’animalité s’exprime dans son amour pour la Bête sous sa forme animale : la complétion de l’être passe par le choix du spirituel, non au détriment mais en harmonie avec le matériel/animal. De même l’union entre Belle et la Bête ne signifie pas la disparition du Père mais plutôt la fin de son exclusivité. Toujours dans une démarche d’union des altérités, Belle se partage « entre ses liens de sang et l’affection qu’elle éprouve pour la Bête.[45]

Le processus d’union des trois élans démarre lorsque Belle, trompant la surveillance des serviteurs du château, pénètre dans l’aile ouest qui lui a été interdite d’accès. Elle y passe devant un miroir brisé[46] qui fragmente son visage en une multitude de reflets. Le soin mis à représenter cette scène (passage d’un plan large à un plan américain filmé lentement, puis retour à un plan large) ne saurait se justifier si cette diffractation ne revêtait un fort sens symbolique. Elle présente sous une forme subtile l’étape importante du démembrement, dissolution totale qui suit la mort intermédiaire. Le démembrement métaphorique de Belle marque le début de son changement d’attitude à l’égard de la Bête, passant de la crainte et du ressentiment à la curiosité. Il sacrifie «la finitude et la stabilité» de son état initial et ébranle le jugement de Belle sur la Bête, qu’elle ne voit déjà plus comme un geôlier (peu après elle quittera d’ailleurs le château en revenant sur sa promesse, signe de son bouleversement intérieur). Mais loin d’être un échec, le démembrement est riche d’images annonciatrices de l’union entre Belle, la Bête et le Père. Transformation, création de nouvelles formes de vie (à l’instar du corps d’Osiris qui, découpé par son frère Seth, donne naissance à la Terre et au Nil), «perspective plus large et transcendante», la diffractation de Belle renvoie au nigredo alchimique (la tête décapitée) dont la séparation précédant la renaissance rappelle que le fait de devenir entier (inclut) d’être préalablement mis en morceaux.[47]

La pièce où Belle pénètre est le reflet de la conscience profonde de la Bête, qu’elle garde jalousement. Son élan bestial lui a fait mutiler son humanité (ce que suggère le déchirement du portrait) et saccager cette pièce/conscience. La rose qui s’y trouve lui rappelle la véritable beauté de l’accomplissement et représente le fragile fragment d’humanité qui demeure en elle. Intriguée par le visage humain du prince, Belle reste consciente qu’il ne s’agit que d’une apparence. Elle ne s’y attache guère, de même que l’aspect répugnant de la Bête ne la fait pas reculer. Immédiatement attirée par la rose, elle sait passer outre les enveloppes corporelles de son hôte pour ne s’attacher qu’à sa véritable nature. Cet accent mis sur le dépassement immédiat de l’apparence est plus visible chez Disney que dans le conte, où Belle reste horrifiée par l’aspect bestial. La répulsion apparaît plus subtile dans le film puisque Belle s’offusque surtout du comportement, du « mauvais caractère» de la Bête. L’usage de ces chemins parallèles ne saurait néanmoins modifier l’issue commune des deux récits : dans chaque cas Belle découvre tout ce que son regard ne pouvait capter au premier coup d’œil – l’individualité de la Bête – et c’est dans la reconnaissance de la différence constituante de chacun que la Belle découvre progressivement un être bon et patient.[48] Dans le même élan intuitif de dépassement de l’apparence, Belle enlève le verre protégeant la rose[49]. Mais la Bête n’est pas encore prête et ne supporte pas de voir brutalement mis à jour ce qui se cache sous son enveloppe. Son interdiction d’entrer est un refus que Belle voit sa véritable nature : elle repose le verre en pensant qu’il s’agit du seul moyen de se protéger (mais qui revient à entretenir sa bestialité et fera donc fuir provisoirement Belle[50]). La fuite dans la forêt ne saurait pourtant être que temporaire. Quoiqu’elle ait le pouvoir de retourner chez elle, Belle pressent qu’elle ne peut ressortir de l’entreprise qu’elle a initiée. Renoncer maintenant signifierait abandonner l’objet de sa quête, qu’elle a confusément senti en pénétrant dans l’aile ouest et dont la Bête vient de lui donner une preuve en lui sauvant la vie : pour la première fois la bestialité s’est faite force et non violence[51]. Ayant véritablement le choix (sans la peur de la Bête ou celle des loups incapables de la retenir), Belle décide de rester[52].

La neige a recouvert le château et marque l’arrivée de l’hiver, saison qui ralentit le monde. Il modifie l’environnement du château et se fait reflet de la transformation qui s’opère dans la conscience de Belle et la Bête. Les soins prodigués par Belle[53] permettent à la Bête de revenir progressivement à une attitude humaine et de satisfaire les premiers besoins de l’âme (réapprendre à lire). Dans cet esprit la Bête tente d’apprivoiser les oiseaux, ce qui revient à permettre à son esprit de s’élever, de s’envoler. Belle l’y aide en lui donnant l’impulsion que la vitalité de la Bête poursuit et décuple (multiplication du nombre d’oiseaux)[54]. Ainsi le feu qui était leurre, disparaissant à l’arrivée de la Bête est devenu un foyer à la chaleur duquel s’unissent progressivement les deux élans[55]. En laissant Belle sauver son père, la Bête fait la preuve finale de son humanité et agit de la même manière que Belle renonçant à s’enfuir pour soigner son geôlier : elle sacrifie tout pour préserver l’une des trois facettes de l’être. Big Ben souligne involontairement que la Bête n’a plus de «stratégie» : elle se laisse toujours guider par l’élan vital («il le fallait») mais celui-ci est devenu positif[56]

L’accomplissement du voyage initiatique devenant imminent, il ne peut entraîner qu’une réaction violente du monde banalisé. De même que la Bête voulait retenir l’une ou l’autre, les villageois enferment Belle et Maurice et décident de tuer définitivement l’élan vital. Le vert du miroir devient vert de la jalousie qui dévore Gaston : le « prince du monde » guide les habitants incapables de penser par eux-mêmes et menés par leur orgueil, qui ne supportent pas de voir révélé leur manque d’humanité. Ceux-ci prouvent une ultime fois leur refus de l’élévation spirituelle en abattant un arbre, symbole de vie et de verticalité ascendante, qu’ils détournent pour un faire un bélier[57]. De même l’acolyte de Gaston tente de détruire Lumière[58] : l’esprit banalisé veut faire disparaître l’intuition de Vérité et sa torche symbolise le feu destructeur contre le chandelier dont la clarté guide. L’arrivée providentielle de Big Ben constitue un signe d’espoir, montrant que le Temps finit par faire disparaître l’inhumanité et triompher la Vérité. Après le départ de Belle la Bête avait perdu toute possibilité de retrouver son humanité[59]. Mais en voyant revenir Belle et le Père elle retrouve l’espoir de parvenir à l’accomplissement. Les trois élans de l’humanité enfin prêts à être rassemblés, la puissance impétueuse du cheval pénètre dans le château, bridée, guidée par l’alliance positive entre l’intuition et l’esprit qui iront chercher la force vitale de la Bête. La lutte avec Gaston se produit au milieu d’un orage, dont les rafales de pluie rappellent l’eau du ciel qui purifie et permet la renaissance. Elle a lieu sur les toits, entre ciel et terre. Dans cet espace de transition le choix s’effectue entre la Terre (au sens négatif : la chute, l’exaltation des désirs matériels) et le Ciel, l’élévation de l’esprit. La dialectique permanente du film entre l’apparent et le caché revient lors de la victoire finale de la Bête[60]. Gaston, trompeur, lui laisse croire qu’en le précipitant elle s’élèvera. Mais l’élan positif de la Bête lui permet d’épargner le jeune homme, donc d’éviter qu’il l’entraîne dans sa chute. De même que chez Cocteau, l’émergence de la conscience se produit par le biais d’une «ascension vers les hauteurs, ou transcendance»[61] : tandis que l’orgueil de Gaston le précipite dans les profondeurs, la Bête parvient à s’élever jusqu’à Belle.

Le conte retrace le voyage vers l’éveil de la conscience, permis par l’acceptation harmonieuse des trois composantes de l’être. C’est en devenant conscient de cette inévitable et nécessaire pluralité que l’homme deviendra véritablement accompli et autonome. Lorsque Belle décide d’épouser la Bête, c’est le choix de ce chemin qui l’éloigne de son père, avec lequel elle semblerait devoir partager bien plus qu’avec une bête, qui lui permettra de devenir pleinement humaine et accomplie, de trouver le bonheur en la personne du prince et de retrouver sereinement son père. Ce qui s’exprime par la réalisation finale du vœu le plus cher de chacun des personnages du triptyque : bonheur de sa fille pour le Père, découverte de l’amour pour Belle et la Bête (c’est-à-dire acceptation de l’altérité).La Belle et la Bête conte finalement l’histoire millénaire et universelle de l’accomplissement de l’être, capable «d’assumer dans sa plénitude la polarité de ses sentiments. »[62]

Club du Millénaire : Louis-Marie Bureau

François Flahault,Identité et reconnaissance dans les contes, in Revue du MAUSS, 2004/1 no 23, p. 31-56.

2 Pascal Hachet,Derrière les dinosaures, nos aïeux et leurs secretsin Imaginaire & Inconscient 1/2004 (n°13), p. 131-139.

3 Jacques Fontaine, Hergé chez les initiés, 2001.

4 Idem

5 Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, 1952.

6 A la 19ème minute 15ème seconde (19 : 15). Nous indiquerons ces repères afin de retrouver aisément les passages cités. Nous nous référons pour ce faire à la version étendue deLa Belle et la Bête, intégrant l’air « Human Again. »

7 14: 05

8 28: 08

9 01: 09: 04

10 15 : 18

11 24 : 08

12 Selon le mot de Georges Rodenbach.

13 01 : 55

14 The Archive For Research in Archetypal Symbolism (TASCHEN), Le livre des symboles, Réflesions sur des images archétypales, 2010, p 590.

15 Idem.

16 Paul Diel, Le symbolisme dans l’Evangile de Jean, 1988.

17 03 : 40

18 04 : 45

19 05 : 00

20 04 : 50

21 05: 54

22 08: 03

23 07: 13

24 25: 35

25 01: 07: 55

26 07: 47, 17: 30

27 29 : 50

28 18 : 05

29 10 : 28

30 TASCHEN, ibid.

31 10 : 45

32 11: 15

33 11: 40

34 11: 05

35 12: 20

36 12: 30, 46: 30

37 Marie-Louise Von Franz, Le processus d’individuation,in Carl G. Jung (dir.), L’homme et ses symboles, 1964.

38 1 : 20 : 00

39 54 : 50

40 54 : 28

41 TASCHEN, ibid, p 508.

42 13 : 55, 54 : 30

43 Marilia Baker, ibid.

44François Flahault, ibid.

45 Idem.

46 42 : 42

47 TASCHEN, ibid, 766-768

48Ève Gardien, La Belle et la Bête, ou comment la Belle est devenue princesse…, in Reliance 3/2005 (no 17), p. 74-79.

49 43 : 44

50 44 : 40

51 45 : 50

52 46 : 30

53 49 : 37

54 52 : 05

55 53.30

56 1.04.25

57 1 : 10 : 00

58 1 : 12 : 45

59 1 : 14 : 20

60 1 : 15 : 27

61 Marilia Baker, ibid.

62 Joseph L. Henderson, ibid.

 

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Comments
4 Responses to “Le symbolisme de La Belle et la Bête”
  1. business dit :

    La Bête : La Bête n’en a pas toujours été une, c’était un jeune prince avant. Il a été transformé par une fée en bête le soir de noël car il avait refusé du l’héberger en l’échange d’une rose. Au début du dessin animé il apparait comme un être cruelle qui n’a pas de c½ur et qui est incapable de ressentir des sentiments. Mais après l’arrivée de Belle au château, il tombe sous le charme de la charmante demoiselle et nous révèle sa véritable personnalité petit à petit. Ahhhh, l’amour…0oo oo0Maurice : Il s’agit du père de Belle, il est inventeur. Il est assez bizarre mais très sympathique. Les habitants du village le croit fou le jour ou il raconte que Belle est prisonnière dans un château ou vit une Bête monstrueuse.

  2. Roxane dit :

    Analyse extrêmement intéressante, tant par sa richesse en références que sa recherche symbolique.
    Une question cependant me chiffonne.
    Le personnage de Gaston est une invention de Disney qui créé certes, un équilibre et un dénouement pertinent à l’histoire, mais qui repose certaines questions dans le cadre d’autres interprétations (Cocteau) ou du conte lui même.
    L’écrit même ne cite aucun prétendant/rival précis. Il mentionne juste quelques gentilshommes , pressés d’épouser Belle alors même que celle ci se trouvait dans un état de grande pauvreté.
    Le film de Cocteau en revanche nous décrit un personnage assez intéressant, celui d’Avenant. Amoureux transi de Belle (depuis longue date semble-t-il),il est joué par le même acteur que la Bête ( J Marais) ce qui crée un amalgame et une comparaison quasi immédiate pour le spectateur.Avenant n’est cependant pas le Prince d’un monde pervertit et vidé de valeurs. Il apparait au contraire assez lucide et compréhensif envers Belle, beaucoup plus humain que Gaston. Présenté de façon nettement moins antipathique, il prend la décision de tuer et piller la Bête, non par jalousie, mais par peur pour belle, par témérité, et par appât du gain (au vu de leur déplorable situation financière).
    Il n’y a pas de confrontation entre les deux prétendants dans le conte, ni même dans l’oeuvre de Cocteau. L’aveuglement d’Avenant dû à son égoïsme et à sa témérité le conduira à son triste sort (scène aussi très intéressante: Avenant se change en bête au moment où la Bête devient Prince, et vice versa. Faut-il en déduire qu’il y a là un personnage en un?), mais il n’est pas cruel, ni même borné ou machiste.

    Que faut-il déduire de ce changement de scénario, de ce choix? La richesse de l’équilibre entre conscient et inconscient s’en voit-elle amoindri? Qu’en est-il de la relation de la Belle à la Bête, est elle différente? (par absence de contraste entre un Humain bestial et une Bête humaine). Ou l’analyse devient-elle différente?

  3. le Club du Millénaire dit :

    Bonjour Roxane, merci de ton message.

    Je ne pense pas qu’il y ait contradiction entre le personnage d’Avenant et celui de Gaston. Les figures d’Avenant, de Gaston et des prétendants du conte présentent les mêmes éléments structurants, quels que soient leur comportement en surface : l’échange humanité-bestialité entre le prétendant humain et la Bête a lieu dans les deux cas (transformation d’Avenant en bête chez Cocteau / propos de Belle qui déclare que c’est Gaston le monstre, chez Disney) ; de même, on retrouve chez Avenant l’attachement de Gaston aux éléments matériels, même s’il prend la forme d’un pillage chez l’un et d’un mariage forcé chez l’autre.

    Il me semble que Gaston personnifie simplement le monde banalisé de manière plus nette que chez Cocteau (et que le conte, où il est simplement suggéré), ce qui peut s’expliquer par un souci d’accessibilité au public assez jeune des productions Disney.

  4. Colinette dit :

    Bonjour,

    J’avais une question à propos de ce dessin animé, et voir les autres aussi…

    A l’école en cours de français, m’a prof avait dit que quand Belle disait « autre chose que cette vie » ça voulait dire qu’elle était vierge.
    Pour ma part je pensais pas du tout à ça en regardant le dessin animé ou autre… pour moi c’était qu’elle voulait changer de vie en faisant autre chose, en faisant ce qu’elle aime…

    Et d’après la prof, dans pratiquement tous les dessins animés c’est la même chose… quand une personne veut autre chose, c’est obligatoirement qu’elle est vierge et qu’elle veut faire l’amour…

    Enfin voilà, après chacun fait son analyse, mais aller jusque la, je trouve ça bizarre.

    Merci d’avance

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